La suppression de la taxe d’habitation en France, souvent présentée comme un succès partagé, révèle une réalité plus contrastée selon les dernières données de l’Insee pour 2024. Le taux d’effort net moyen des ménages pour leur logement est passé de 18,3 % en 2014 à 16,8 % en 2024. Pourtant, pour les ménages les plus modestes, ce taux a en réalité augmenté de 1,1 point sur dix ans, atteignant 32,1 % en 2024. Cette hausse s’explique par la baisse des aides au logement, devenues moins significatives dans les revenus des familles à faibles revenus, passant de 10 % à 6,9 % entre 2014 et 2024. La disparition de la taxe d’habitation a bien réduit la part du logement dans les dépenses globales de millions de foyers français. Cependant, cette diminution relève davantage d’un ajustement mécanique que d’une amélioration structurelle des conditions de logement ou des revenus. Le taux d’effort net moyen pour le logement en 2024 s’élève à 16,8 % du revenu des ménages, contre 18,3 % en 2014. Cette baisse de 1,5 point représente une économie notable pour beaucoup, mais tous les ménages n’en profitent pas de la même manière. Le taux d’effort net de 16,8 % est calculé à partir d’un taux d’effort brut de 17,5 % du revenu, ventilé comme suit : 10,7 % pour les loyers ou les remboursements de crédit immobilier, 3,5 % pour les dépenses d’énergie, 1,9 % pour les autres charges et l’eau, et 1,4 % pour la taxe foncière. Les aides au logement réduisent cette charge de 0,8 point en moyenne, aboutissant au taux net final. Le logement reste la première dépense des ménages, bien au-dessus des autres taxes locales. Plus de 8 foyers sur 10 ont un taux d’effort inférieur à 33 %, mais 1 sur 10 dépasse les 40 %, un seuil où le logement devient la principale préoccupation budgétaire. Pour le quart des ménages les plus modestes, la tendance est inverse : leur taux d’effort net a augmenté, creusant encore les inégalités entre les différents niveaux de revenus. La baisse des aides au logement a eu un impact plus marqué sur ces foyers vulnérables. Le type de logement occupé influence fortement la répartition de l’effort financier. Les locataires du parc privé affichent un taux d’effort de 25,4 %, suivis par les locataires du parc social à 24,0 %, et les primo-accédants à 23,3 %. Les accédants non primo ont un taux bien plus bas, à 7,4 %, car ils n’ont plus de crédit à rembourser. Sur dix ans, le taux d’effort est resté stable pour les locataires du parc social, tandis qu’il a diminué pour les autres locataires et les propriétaires. Les locataires du parc social, majoritairement issus du quart le plus modeste de la population, ont un taux d’effort inférieur à celui des locataires du privé. Pourtant, le logement social ne comble pas entièrement les écarts observés. Les personnes seules et les familles monoparentales présentent les taux d’effort les plus élevés parmi toutes les catégories étudiées, en raison d’une proportion plus forte de locataires et de revenus généralement plus bas. Si la suppression de la taxe d’habitation a allégé le budget de la plupart des ménages français, ceux qui en ont le plus besoin n’en ont pas autant profité. La question persiste : une politique du logement peut-elle encore être considérée comme un succès si ses bénéfices ne touchent pas ceux qui en ont le plus besoin ?