Un immense projet d'ingénierie du XIXe siècle a abaissé de 2,7 mètres le niveau de trois lacs suisses, révélant d'anciennes colonies et remodelant l'écologie et l'économie de la région.
Baisse des niveaux des lacs de 2,7 mètres
Entre 1868 et 1891, le niveau des lacs de Morat, de Neuchâtel et de Bienne a été abaissé d'environ 2,7 mètres. Cette opération faisait partie d'un vaste projet de gestion des eaux visant à réduire les inondations et à améliorer l'utilisation des terres dans la région.Déviation de l'Aar et creusement de canaux
Pour parvenir à cette baisse du niveau des eaux, le cours de l'Aar a été détourné vers le lac de Bienne, et des dizaines de kilomètres de canaux ont été creusés. Ce chantier d'ingénierie d'envergure a nécessité d'importants travaux d'excavation et de construction.Vestiges préhistoriques mis au jour
À mesure que le niveau des eaux baissait, des vestiges de villages préhistoriques sont réapparus. Il s'agissait notamment de restes d'anciens villages qui étaient immergés depuis des siècles, suscitant un vif intérêt et une grande activité parmi les habitants de la région.La « fièvre des lacs » et les découvertes archéologiques
Le canton de Neuchâtel a qualifié cette période de « fièvre des lacs », car les habitants fouillaient avidement les zones nouvellement découvertes à la recherche d'objets anciens. Des objets en os et en bois de cerf ont été collectés, revendus, et parfois imités, ce qui a donné lieu à un commerce actif, tant local qu'international, de ces objets.Affaissement du Grand Marais
Le Grand Marais, une vaste zone humide, a connu un important affaissement après la baisse du niveau des eaux. Le sol tourbeux, n'étant plus saturé d'eau, s'est compacté et a décliné d'environ 2,5 mètres, soit la hauteur d'un plafond d'appartement.Retour des inondations et seconde correction
Les inondations sont revenues au milieu du XXe siècle, ce qui a conduit à une seconde correction entre 1962 et 1973. Ce projet a approfondi et élargi les canaux et a encore réduit le niveau des eaux des trois lacs, pour un coût de 152 millions de francs.Création d'une réserve naturelle
La baisse du niveau des lacs a également eu des effets bénéfiques sur l'environnement. Sur la rive sud du lac de Neuchâtel, une bande de sable a été mise à nu, puis transformée en réserve naturelle. Cette zone de 3 000 hectares, soit près d'un tiers de la superficie de Paris, abrite aujourd'hui une faune sauvage et constitue un espace de loisirs pour les randonneurs.Projet non entièrement achevé
Malgré l'ampleur des travaux, le projet n'a jamais été entièrement achevé. La navigation exigeait des niveaux d'eau plus élevés, et d'autres travaux étaient prévus avant même la fin du projet initial.