Gabriel Attal propose de bloquer internet dans les zones de manifestations

Gabriel Attal, ancien Premier ministre et candidat à l'élection présidentielle de 2027, a proposé un « blocage temporaire et ciblé » de l'accès à internet dans les zones touchées par les récentes émeutes, lors d'un entretien sur RTL. Il estime que les réseaux sociaux servent de « points de convergence » et encouragent le mimétisme, un terme désignant la reproduction de comportements, chez les jeunes utilisateurs. Ce débat fait suite aux vastes manifestations du 17 octobre, au cours desquelles les réseaux sociaux ont joué un rôle clé dans l'organisation des rassemblements et la diffusion d'informations à leur sujet.

TikTok et d'autres applications ont contribué à organiser les manifestations

Un utilisateur de TikTok connu sous le nom de « V2 » a beaucoup attiré l'attention en appelant aux manifestations du 17 octobre contre la hausse des prix des carburants. Sa vidéo a dépassé les 6 millions de vues et 800 000 mentions « J'aime », et l'algorithme de la plateforme a amplifié son message. Des applications de messagerie comme Telegram ont également été largement utilisées, selon une source policière. Instagram et Snapchat auraient par ailleurs utilisé des fonctions de géolocalisation en direct pour faciliter l'organisation des rassemblements, selon Public Sénat.

Bloquer les plateformes étrangères est complexe sur les plans juridique et technique

Le gouvernement français ne peut pas bloquer directement des plateformes comme TikTok ou Telegram, dont les serveurs se trouvent hors de France. Il pourrait en revanche faire pression sur les fournisseurs d'accès à internet nationaux pour qu'ils empêchent l'accès. Les méthodes envisageables comprennent le blocage DNS, le blocage IP et l'inspection du trafic. Le blocage DNS est courant pour les sites pirates, mais il peut être contourné. Le blocage IP est plus efficace, mais présente des risques, et l'inspection du trafic, utilisée dans certains pays, serait difficile à mettre en œuvre rapidement en France.

Le blocage ciblé se heurte à des obstacles techniques et juridiques

La mise en place d'un « blocage ciblé » dans les zones touchées par les émeutes serait complexe, car elle nécessiterait la coopération de plusieurs opérateurs mobiles et opérateurs virtuels. Le ciblage géographique sur les réseaux mobiles est difficile en raison de la manière dont les antennes couvrent le territoire. Sur les lignes fixes, le blocage devrait être effectué individuellement. Cela diffère de la suspension de TikTok en Nouvelle-Calédonie, que le Conseil d'État a jugée illégale, la qualifiant d'« atteinte excessive » aux libertés.

Le droit européen limite le contrôle des réseaux sociaux par le gouvernement

La Nouvelle-Calédonie n'est pas soumise au droit européen, car elle est classée comme un territoire d'outre-mer associé à l'UE. En France métropolitaine, toute action contre les réseaux sociaux doit respecter le Règlement sur les services numériques (DSA), qui oblige les plateformes à supprimer les contenus signalés et à évaluer les risques liés à leurs algorithmes. Le DSA permet à la Commission européenne de demander aux plateformes d'évaluer leur rôle dans les crises, mais il n'autorise pas un gouvernement à bloquer unilatéralement un service.

Les difficultés persistent malgré les outils existants

Les VPN et les serveurs mandataires (proxys) rendent difficile le blocage de plateformes comme Telegram, conçues pour résister à la censure. Les autorités peuvent recourir à des outils tels que le signalement de contenus, la suspension de comptes et les ordonnances judiciaires pour identifier les auteurs de contenus illicites. Le 19 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé une opération judiciaire de grande ampleur impliquant 200 enquêteurs, chargés d'examiner les contenus violents diffusés sur les réseaux sociaux.