Le peuplement de poissons du Yangtsé se reconstitue

Jadis parmi les rivières les plus riches en poissons au monde, le Yangtsé affiche l'un des résultats les plus encourageants de l'écologie fluviale récente depuis la mise en place d'une interdiction totale de la pêche en 2021. La biomasse piscicole a plus que doublé, et 344 espèces indigènes ont été recensées entre 2021 et 2024, soit 36 de plus qu'avant l'interdiction.

La reprise profite aux grandes espèces

Le rétablissement a particulièrement bénéficié aux grandes espèces de poissons, qui ont désormais le temps d'atteindre leur taille adulte. Toutefois, la biomasse des petites espèces a diminué de 18 %, ce qui indique un rééquilibrage de la chaîne alimentaire plutôt qu'une hausse généralisée du nombre de poissons.

La population de marsouins aptères du Yangtsé augmente

Le marsouin aptère du Yangtsé, seul mammifère aquatique d'eau douce du fleuve, a vu sa population passer de 1 012 individus en 2017 à 1 249 en 2022. Ce progrès laisse penser que l'écosystème est devenu plus favorable à la vie aquatique.

Surpêche et dégradation environnementale par le passé

Le Yangtsé, qui s'étend sur 6 300 kilomètres à travers la Chine, a été l'un des plus grands marchés de poisson au monde. Les prises annuelles ont atteint un pic proche de 400 000 tonnes, avant de chuter à moins de 60 000 tonnes en 2015, ce qui illustre l'ampleur du déclin causé par la surpêche, la pollution industrielle et la construction de barrages.

La disparition d'espèces emblématiques

Ce déclin a conduit à l'extinction de plusieurs espèces, dont le poisson-spatule chinois, Psephurus gladius, capable d'atteindre plusieurs mètres de long. Cette perte symbolise l'impact de la pression humaine sur un écosystème.

Une interdiction de pêche radicale en Chine

En 2021, la Chine a instauré un moratoire de dix ans sur la pêche commerciale dans le Yangtsé, retirant 111 000 bateaux et touchant près de 231 000 pêcheurs. Cette décision visait à laisser le fleuve se rétablir en mettant fin à la pêche qui avait contribué à son déclin.

Une étude scientifique confirme la reprise

Une étude publiée dans la revue Science indique que l'interdiction de la pêche a mis un terme à un déclin de 70 ans de la biodiversité du fleuve. Les chercheurs ont suivi 57 sites entre 2018 et 2023 et constaté que la biomasse piscicole totale a plus que doublé et que la richesse en espèces a augmenté d'environ 13 %.

Le rééquilibrage de l'écosystème

Si l'abondance totale de poissons n'a pas changé, les grandes espèces ont connu une croissance démographique importante. Le carpe argentée de l'Amour, par exemple, voit ses effectifs augmenter, tandis que la biomasse des petites espèces a diminué de 18 %, signe d'une modification de l'équilibre de l'écosystème.

Des espèces menacées montrent des signes de rétablissement

Plusieurs espèces menacées, dont l'esturgeon du Yangtsé et le goujon chinois, montrent des signes de reprise initiale. Le retour progressif de ces espèces suggère que certains équilibres perdus peuvent être partiellement restaurés.

Croissance des poissons et santé de l'écosystème

L'anchois Coilia nasus, présent dans le couloir reliant le Yangtsé au lac Poyang, montre des signes concrets de rétablissement. La proportion d'individus âgés de quatre ans a nettement augmenté et la longueur moyenne des individus a progressé, signe du retour progressif du fleuve à un meilleur état de santé.

Un optimisme prudent pour l'avenir

Bien que le Yangtsé n'ait pas retrouvé l'abondance qui était la sienne il y a un siècle, les scientifiques restent prudemment optimistes. Chaque poisson qui grandit et chaque espèce qui réapparaît est le signe qu'un écosystème aussi vaste que le Yangtsé peut encore inverser sa trajectoire, à condition de disposer du temps nécessaire.