Pendant la rédaction de la loi de programmation militaire 2019-2025, le ministère français des Armées a placé une forte emphase sur l’innovation, sous l’impulsion de l’ancienne ministre Florence Parly. Cette orientation a conduit à la création de l’Agence de l’innovation de défense (AID) en septembre 2018. L’agence avait pour mission d’orienter et de coordonner les efforts d’innovation, notamment en s’appuyant sur les nouvelles technologies issues de sources civiles, comme les entreprises, les universités ou les laboratoires de recherche. En 2019, un rapport du Sénat saluait les efforts du ministère tout en mettant en garde contre ce qu’il qualifiait d’« effet de mode », suggérant que les initiatives d’innovation pourraient devenir des phénomènes passagers plutôt que des stratégies structurantes. Le Sénat recommandait alors de donner davantage d’autonomie à l’AID pour mettre en œuvre des réformes, notamment en s’adaptant aux nouvelles technologies, en améliorant les processus d’acquisition et en gérant les systèmes de crédits utilisés dans les projets de défense.
Pourtant, la Cour des comptes, organe indépendant chargé de veiller à la bonne utilisation des fonds publics, a exprimé des réserves quant à la réalisation de ces objectifs. Elle a souligné que la position de l’AID au sein du ministère, façonnée par des compromis internes, a limité sa capacité à coordonner efficacement l’innovation. Au lieu d’agir comme un pôle centralisateur, l’agence s’est davantage concentrée sur l’animation de communautés ou l’encouragement d’initiatives locales, sans supervision centralisée. La Cour a également relevé une multiplication des projets d’innovation décentralisés au sein du ministère des Armées, ce qui a encore affaibli l’influence de l’AID. Certaines initiatives, comme le Commandement des futurs de l’armée de Terre (CFAT), fonctionnent en effet en dehors du cadre de l’AID. Par ailleurs, la création de l’Agence ministérielle du renseignement et de la sécurité des systèmes d’information de la défense (AMIAD) a transféré la responsabilité de l’innovation numérique à la Commission du numérique de la défense, fragmentant davantage le paysage de l’innovation.
La Cour des comptes a insisté sur la nécessité d’assurer une cohérence entre toutes les initiatives d’innovation afin d’optimiser l’utilisation des fonds publics et d’offrir une vision claire aux partenaires industriels. Elle a constaté que l’AID ne dispose pas d’une base de données centralisée et unifiée des projets qu’elle soutient. À la place, elle utilise plusieurs systèmes distincts, comme GRID, SI PME, BloomFlow, FAST et HAPPI, qui ne sont pas interconnectés. Cette absence d’intégration l’empêche d’avoir une vision globale de ses activités ou de développer des indicateurs de performance pertinents.
En décembre 2021, l’AID a lancé le projet ORCHIDEE, visant à créer un système d’information unifié. Cependant, ce projet, confié à l’entreprise CAPGEMINI, n’a pas répondu aux besoins des utilisateurs, avec seulement 27 % des fonctionnalités requises mises en œuvre. Des difficultés techniques liées à la connexion du nouveau système aux outils existants de l’AID ont ralenti sa progression, et le projet a finalement été abandonné en juin 2024, après avoir coûté 1,1 million d’euros. À la suite de cet échec, l’AID a lancé le développement de son propre système interne, estimé à 105 000 euros, qui est désormais en phase de test depuis 2025. Ce système devrait être intégré à d’autres plateformes à partir de 2026. Pourtant, à la fin de l’année 2025, l’AID ne disposait toujours pas d’un système d’information complet pour suivre ses projets, un outil pourtant essentiel pour piloter et évaluer ses performances.
L'Agence française d'innovation de défense confrontée à des défis de coordination et de gestion
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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