La Cour des comptes a appelé le ministère de la Culture à prendre des mesures plus concrètes pour répondre aux défis et aux opportunités posés par l’intelligence artificielle (IA). Bien que le ministère ait défini 62 actions et nommé un directeur de projet pour l’IA, la Cour estime que ces efforts s’apparentent davantage à une carte qu’à un plan clair pour piloter le secteur. L’audit, mené en novembre 2025 et rendu public en septembre 2026, a passé au crible dix établissements publics, dont la Bibliothèque nationale de France (BnF) et le Centre national du livre (CNL). Au moment de l’audit, le CNL ne disposait ni de budget spécifique ni de personnel dédié à l’IA, tandis que la BnF avait déjà engagé plusieurs millions d’euros dans des initiatives liées à l’IA. La stratégie d’action du ministère pour une IA culturelle et responsable, publiée en juillet 2025, s’articule autour de cinq axes principaux : l’usage responsable de l’IA, des modèles économiques équitables, l’innovation, la préservation du patrimoine culturel et l’amélioration des services publics. Si la Cour reconnaît l’importance d’aborder l’IA de manière globale, elle critique l’absence de hiérarchie claire, de calendrier précis et de budget défini. Le CNL a intégré l’IA dans sa feuille de route 2025 et formé deux groupes internes, l’un axé sur les pratiques professionnelles et l’autre sur les impacts pour les acteurs du secteur. Ces initiatives ont abouti à une charte d’usage et à un examen de l’adéquation des pratiques en matière d’IA avec le droit d’auteur et la protection de la création littéraire. Toutefois, le CNL ne disposait toujours pas de budget spécifique ni de personnel assigné à l’IA au moment de l’audit. À l’inverse, la BnF a progressé plus rapidement dans l’intégration de l’IA, avec 7,65 millions d’euros alloués sur trois ans, dont 2,2 millions issus du plan France 2030, une initiative gouvernementale. La Cour estime à 250 000 euros le coût de la mission IA et à 600 000 euros le temps consacré par 75 agents de catégorie A à des tâches liées à l’IA. Cependant, la BnF fait face à des défis majeurs en matière de modernisation de son système d’information, nécessitant 22 millions d’euros sur six ans. Il ne s’agit pas d’un budget dédié à l’IA, mais d’une étape indispensable pour en permettre l’intégration. La Cour relève également qu’un groupe d’experts réunis par le ministère en 2023 a produit Perspectives culturelles sur l’IA, un rapport contenant 22 recommandations précises. Ces dernières n’ont jamais été rendues publiques et n’ont pas servi de feuille de route aux services du ministère. Les raisons de cette absence de diffusion restent floues, et le directeur de projet pour l’IA, nommé fin 2025, ne dispose ni d’équipe, ni de budget, ni d’autorité sur le service numérique. Depuis l’audit, le ministère de la Culture a pris quelques initiatives, comme la mise à disposition de Assistant IA, un outil d’IA conversationnelle développé par la DINUM avec Mistral AI, à l’ensemble de ses agents. Une nouvelle charte interne et un guide pratique ont été diffusés, et un groupe de travail réunit près de cinquante opérateurs chaque mois. Le ministère prévoit également la création d’un observatoire pour étudier l’impact de l’IA sur l’emploi et les chaînes de valeur. La Cour souligne la nécessité d’une politique prioritaire, dotée de moyens suffisants et partagée par tous, afin d’éviter que le secteur culturel public ne se développe à des rythmes inégaux, ce qui pourrait avantager les institutions mieux équipées. Le rapport formule 22 recommandations, mais il reste à savoir combien seront effectivement mises en œuvre.