D’ici à la mi-août 2026, près de 70 % du territoire français était soumis à des restrictions d’eau en raison d’une canicule sévère. Le gouvernement a estimé le coût économique de cette vague de chaleur entre 10 et 15 milliards d’euros. À Paris et sa proche banlieue, appelée petite couronne, les restrictions d’eau restaient à un niveau de vigilance de base. En revanche, plusieurs bassins fluviaux en Seine-et-Marne, dans les Yvelines et en Essonne avaient atteint un niveau d’alerte supérieur, certains frôlant le seuil de crise. Un rapport de septembre du CCI Paris Île-de-France indiquait que l’approvisionnement en eau de la région est actuellement sécurisé, mais présente des vulnérabilités à moyen terme. Pourtant, de nombreuses entreprises ne considèrent pas cette question comme urgente, percevant souvent l’eau comme une ressource artificiellement abondante. La Seine, qui traverse le cœur de l’Île-de-France, affiche le débit le plus faible parmi les grands fleuves français, avec une moyenne d’environ 480 mètres cubes par seconde. Ce chiffre est bien inférieur à celui de la Loire, qui atteint 900 mètres cubes par seconde, ou du Rhône, à 1 700 mètres cubes par seconde. En été, jusqu’à 60 % du débit de la Seine en Île-de-France provient de quatre grands réservoirs situés en amont. Cela signifie que ce fleuve, qui alimente une région représentant près d’un tiers de la richesse nationale, dépend en partie de l’eau stockée. Par ailleurs, la qualité de l’eau du fleuve se dégrade : seulement 24 % des cours d’eau du bassin Seine-Normandie sont en bon état écologique, contre 32 % en 2019. Malgré ces défis, les restrictions d’eau restent relativement rares, et les prix de l’eau restent proches de la moyenne nationale. La vie quotidienne à Paris se poursuit largement sans perturbation, reflétant la devise de la ville : endurer les épreuves sans s’effondrer. Cependant, les projections de l’OCDE indiquent que la région a connu en moyenne 110 jours de sécheresse des sols par an entre 1991 et 2020. Dans le scénario le plus défavorable, ce nombre pourrait atteindre 150 jours par an d’ici à 2040. L’impact économique de telles conditions pourrait s’élever à environ 1,4 milliard d’euros d’ici à 2050. Une enquête menée en juin et juillet 2026 par le CROCIS auprès de 163 entreprises d’Île-de-France révèle un manque d’attention préoccupant. Deux tiers des répondants ne considèrent pas l’eau comme un enjeu pressant, et 65 % ignorent leur consommation annuelle d’eau. Près des deux tiers n’ont jamais identifié leurs activités les plus gourmandes en eau, et plus de 40 % estiment être indépendantes de cette ressource. Pourtant, 38 % reconnaissent que la pénurie d’eau représente le risque le plus critique pour leur activité. Cela suggère un écart significatif entre la perception des entreprises et la réalité des défis liés à l’eau. Ce manque de sensibilisation s’explique en partie par la structure de l’économie francilienne, dominée par les services et utilisant l’eau principalement pour l’assainissement et le nettoyage. Comme l’électricité avant 2022, l’eau est souvent traitée comme une utilité dont le coût n’est pas suivi de près. Dans les immeubles partagés, de nombreuses entreprises ne disposent pas de compteurs individuels, ce qui rend difficile le suivi de la consommation. Pourtant, la dépendance à l’eau va bien au-delà du robinet, touchant les fournisseurs, les producteurs d’énergie et les infrastructures numériques. La région abrite plus de 213 centres de données, soit un tiers du total national, dont beaucoup dépendent fortement de l’eau potable. Résultat : même les entreprises se considérant comme économes en eau soutiennent sans le savoir des consommateurs majeurs. Le CCI Paris Île-de-France plaide pour une culture de la prise de conscience des risques liés à l’eau et pour l’élaboration de plans de continuité prenant en compte les pénuries. Bien que ces mesures ne soient pas radicales, une enquête de 2024 révélait que moins de 10 % des petites et moyennes entreprises industrielles de la région avaient sérieusement évalué leur vulnérabilité face au changement climatique. Reste à savoir si ces entreprises reconnaîtront la menace de la sécheresse avant qu’elle ne devienne une réalité.