Pénurie d'ingénieurs en vue en France

L'Observatoire IESF alerte sur une pénurie critique d'ingénieurs en France, avec 236 599 ingénieurs appelés à partir à la retraite d'ici 2040. Or, seuls 50 045 nouveaux diplômés entrent chaque année dans la profession, ce qui crée un écart important entre l'offre et la demande.

Une main-d'œuvre vieillissante dans les secteurs clés

La 37e enquête annuelle de l'Observatoire des ingénieurs et scientifiques de France, publiée le 9 octobre 2026, souligne que près d'un quart des 1 028 700 ingénieurs actifs de moins de 65 ans atteindront l'âge de la retraite d'ici quinze ans. Le secteur des télécommunications est particulièrement touché, puisque 39 % de ses professionnels sont âgés de 50 à 64 ans, contre 24 % dans l'industrie.

Un déficit de remplacement qui s'accroît

Les écoles d'ingénieurs françaises ont diplômé 50 045 nouveaux ingénieurs en 2025, un chiffre très inférieur aux 236 599 départs à la retraite attendus, soit un ratio de 1 diplômé pour 4,7 retraités. Sur quinze ans, la France formera environ 750 000 ingénieurs, mais seuls 236 599 partiront à la retraite, un calcul qui ne tient pas compte de l'émigration, des reconversions professionnelles ni de la désaffection pour l'industrie.

L'industrie peine à attirer les jeunes talents

L'industrie française rencontre des difficultés à attirer les jeunes diplômés : seuls 30 % des deux dernières promotions entrent dans le secteur, contre 42 % de l'ensemble des ingénieurs actifs. En 2025, seuls 15 013 des 50 045 diplômés ont choisi le secteur industriel, tandis que la plupart se tournent vers les services informatiques, le conseil et la finance.

Des salaires élevés à l'étranger qui découragent le retour

Environ 145 000 ingénieurs français travaillent à l'étranger, et 76 % d'entre eux gagnent davantage qu'en France. En 2025, le salaire brut médian des ingénieurs en France s'élevait à 67 800 euros, tandis que les expatriés dans des pays comme la Suisse, les États-Unis ou l'Allemagne gagnent entre 30 % et 60 % de plus, ce qui aggrave la fuite des talents.

Les embauches augmentent, mais les incertitudes demeurent

Les recrutements d'ingénieurs en France ont progressé de 11,2 % en 2025, atteignant 138 700 embauches. L'industrie en représente 45 800, tandis que les services informatiques et le conseil technologique dominent les signatures de contrats. Les analystes s'interrogent toutefois sur le caractère durable de cette hausse, qui pourrait n'être qu'un rebond temporaire.

Un vieillissement de la main-d'œuvre dans les télécommunications

Le secteur des télécommunications connaît un taux de vieillissement préoccupant, avec 39 % de ses professionnels âgés de 50 à 64 ans, bien au-dessus des 24 % observés dans l'industrie manufacturière. Les opérateurs peinent à renouveler leurs équipes dans un contexte de transformation numérique et de déploiement des réseaux 5G.

Absence de préparation à la relève

Seuls 25 % des ingénieurs seniors préparent activement leur succession. Si 60 % d'entre eux affirment que leurs entreprises le permettraient, le manque de transmission des compétences techniques menace la productivité et l'innovation. Marie-Liesse Bizard, présidente de l'Observatoire IESF, insiste sur la nécessité de promouvoir les atouts de la profession, qui offre des parcours professionnels variés et un haut niveau de satisfaction. Sans action rapide, la France risque de perdre un avantage concurrentiel majeur.