D'ici 2030, les pénuries de main-d'œuvre dans la santé, la technologie et le bâtiment vont s'aggraver avec le départ à la retraite des professionnels, et l'impact de l'IA sur l'emploi reste incertain.
Le marché du travail face à de grands défis
Entre 2027 et 2030, le marché du travail devra relever d'importants défis, tant pour recruter que pour retenir des professionnels essentiels dans différents secteurs. Un rapport de France Stratégie et de la Dares, publié en 2022, estime qu'environ 760 000 postes devront être pourvus chaque année entre 2019 et 2030, et que près de 90 % de ces besoins sont liés au départ à la retraite ou à la cessation d'activité de professionnels en poste, plutôt qu'à la création de nouveaux emplois.Les secteurs clés à forte demande
Parmi les secteurs qui devraient connaître une forte demande figurent la santé, l'aide à domicile, l'informatique, l'industrie, la maintenance et le bâtiment. Le vieillissement de la population devrait accroître le besoin d'infirmiers, d'aides-soignants et de professionnels de l'accompagnement, tandis que la rénovation énergétique et la modernisation des infrastructures pourraient soutenir la demande d'électriciens, de techniciens et d'ingénieurs qualifiés.L'impact de l'IA sur l'emploi
L'essor de l'intelligence artificielle (IA) transforme les pratiques professionnelles, mais son effet sur l'emploi reste complexe. Une étude d'Antonin Bergeaud, professeur associé à HEC Paris, et de chercheurs de la Banque de France, publiée en octobre 2026, montre que les embauches en contrat à temps plein de personnes âgées de 21 à 29 ans ont diminué de 28,3 % dans les professions les plus exposées à l'IA générative, contre une baisse de 7,5 % dans les professions moins exposées.Facteurs économiques et potentiel de l'IA
Les chercheurs mettent toutefois en garde : d'autres facteurs économiques peuvent également influencer ces tendances. David Autor, économiste au Massachusetts Institute of Technology (MIT), estime que l'IA, utilisée à bon escient, pourrait élargir l'accès à des compétences complexes et valoriser l'expertise humaine. Le véritable enjeu sera de permettre aux professionnels de travailler plus efficacement, de développer leurs compétences et de rester pertinents dans un environnement en rapide évolution.Les employeurs peinent à retenir les talents
Les employeurs peinent à retenir leurs talents en raison de plusieurs facteurs, notamment des salaires insuffisants, des horaires de travail difficiles, un manque de reconnaissance et des perspectives d'évolution de carrière limitées. Dans des secteurs comme la santé, l'éducation et les métiers techniques, la question ne se limite pas au nombre de professionnels formés : elle porte aussi sur les conditions dans lesquelles ils exercent.Recrutement international et défis
Le recrutement international peut contribuer à combler les pénuries de compétences, car les différents marchés ont des besoins variés en professionnels de la santé, de l'ingénierie, des métiers techniques, du bâtiment et de l'expertise numérique. Toutefois, des facteurs tels que la reconnaissance des diplômes, la maîtrise de la langue, les autorisations de travail, le coût de la vie et les conditions contractuelles jouent un rôle déterminant dans la mobilité professionnelle.Accent sur la fidélisation et l'évolution professionnelle
Le principal défi d'ici 2030 ne sera pas seulement de recruter de nouveaux talents, mais aussi de retenir les professionnels en place qui assurent les services essentiels. Médecins, infirmiers, enseignants, techniciens de maintenance, électriciens, ingénieurs et ouvriers qualifiés resteront indispensables, quelles que soient les avancées technologiques. Il faudra donc améliorer l'attractivité de ces métiers, accompagner les reconversions professionnelles et empêcher la perte de compétences acquises par l'expérience.Les entreprises doivent s'adapter pour retenir les talents
Les entreprises qui combinent formation, innovation, bonnes conditions de travail et mobilité professionnelle disposeront d'un avantage certain. La réussite d'une économie dépend non seulement de sa capacité à innover sur le plan technologique, mais aussi de sa capacité à retenir les personnes capables d'utiliser et d'entretenir ces technologies de manière efficace.