Les propriétaires de Mayotte résistent aux expropriations, craignant les accaparements de terres par l'État et les spéculateurs immobiliers, ce qui attise les tensions juridiques et politiques.
Des recours juridiques se profilent autour de l'attribution des terrains
Le fait que l'État n'ait pas utilisé efficacement les quatre milliards d'euros promis par la loi de refondation adoptée en juillet 2025, après le passage du cyclone Chido, pourrait déclencher des actions en justice de la part de la commune de Dzaoudzi-Labattoir, de l'intercommunalité de Petite-Terre et de l'Établissement public de refondation de Mayotte (EPRDM). Les propriétaires fonciers de secteurs comme Badamiers, visés par Electricité de Mayotte (EDM), se préparent à répondre devant les tribunaux, soutenus par un collectif d'avocats locaux et nationaux ainsi que par une nouvelle organisation baptisée « Foncier 976 ». Si une expropriation devait s'avérer nécessaire, ils entendent vendre leurs terrains à leur juste valeur.Accusations d'intentions cachées de l'État
Les propriétaires fonciers s'opposent à ce qu'ils perçoivent comme des mesures extraordinaires et soupçonnent l'État d'agir pour le compte des autorités locales, avec des motivations non avouées. La question est particulièrement sensible à Mayotte, en raison des tentatives passées de l'ancien ministre des Outre-mer Manuel Valls d'introduire une disposition controversée, devenue par la suite l'article 21 de la loi de juillet 2025. Malgré le rejet de cette mesure par le Parlement français, les critiques affirment que l'État continue de chercher à acquérir des terrains auprès des propriétaires locaux.Critiques des projets de l'EPRDM
Les opposants affirment que certains projets présentés par l'EPRDM pour justifier l'utilisation des terrains sont trompeurs et spéculatifs, et qu'ils portent atteinte aux intérêts du peuple mahorais. Certaines collectivités locales, communes ou intercommunalités hésitent à assumer la responsabilité d'exproprier des terrains devant leurs électeurs. Cette hésitation tient en partie aux récentes élections municipales, qui ont affaibli la position de certains maires et compromis leurs espoirs de conserver leur mandat.Appels à un développement durable et à la responsabilité
Une militante opposée aux efforts d'acquisition foncière a critiqué les élus locaux pour leur manque d'ambition et de vision à long terme en matière de développement durable et d'aménagement du territoire. Elle a déclaré que les pouvoirs publics doivent reconnaître que les Mahorais sont favorables au développement, mais qu'ils résisteront fermement à toute tentative de prendre leurs terrains à bas prix pour les revendre à des promoteurs immobiliers et à des investisseurs.Résister aux dérives administratives
Fatima Abdallah, critique de l'EPRDM, a averti les nouveaux élus de Petite-Terre que son groupe, qui « se rebelle contre les abus de l'administration à Mayotte », ne tolérera plus d'être ignoré. Elle a fait valoir que si l'EPRDM et les communes peuvent négocier avec des groupes financiers et immobiliers, les Mahorais doivent également avoir le droit de défendre leurs intérêts dans le cadre de l'aménagement du territoire.Différends autour des documents d'urbanisme
Les propriétaires fonciers accusent les autorités locales d'avoir modifié les plans locaux d'urbanisme (PLU) pendant la précédente mandature, ce qui aurait exclu des personnes proches des équipes municipales en place. Ils affirment que les experts envoyés sur le site de Badamiers tentent de profiter de la situation en acquérant des terrains à un prix symbolique, alors que la zone comprend des habitations, des sites industriels et des installations énergétiques.Scepticisme à l'égard des projets de l'EPRDM
L'EPRDM est critiqué pour la présentation de projets jugés largement hypothétiques et peu susceptibles de voir le jour. La militante a réaffirmé sa conviction que l'État, avec la complicité de certains élus locaux, cherche à placer les Mahorais dans une situation où ils n'auraient d'autre choix que de vendre leurs terres ancestrales à des spéculateurs financiers.Lutter pour une indemnisation équitable
Les propriétaires fonciers s'organisent au sein de « Foncier 976 » pour résister à ce qu'ils qualifient de vol de leurs terres et pour attirer des investisseurs prêts à acheter les parcelles à leur juste valeur. Un groupe d'avocats pourrait rejoindre la bataille judiciaire et solliciter le soutien de l'Hexagone afin que les propriétaires mahorais ne soient pas lésés par l'État et les autorités locales.Opposition à l'extension de la centrale électrique d'EDM
L'opposition grandit, notamment autour du projet d'extension de la centrale électrique d'EDM sur le site de Badamiers, qui nécessiterait l'acquisition de terrains que l'entreprise souhaite acheter à un prix jugé trop bas. Les propriétaires réclament une indemnisation équitable, calculée sur la base de la valeur des installations existantes de la centrale au mètre carré. Ils refusent de jouer le rôle de figurants dans ce qu'ils considèrent comme une mascarade, tout en ne s'opposant pas au développement de leur commune. Ils sont prêts à contester toute procédure d'expropriation envisagée ou en cours menée par l'EPRDM.