Une sécheresse qui pèse sur l'élevage charolais

Après un automne marqué par une sécheresse exceptionnelle, les éleveurs du Charolais font face à des difficultés, car l'absence d'herbe d'automne prolonge la période d'alimentation jusqu'à huit mois dans certaines exploitations. Cette situation inhabituelle complique fortement la gestion de l'alimentation du bétail, en affectant à la fois le calendrier et la disponibilité des fourrages.

Un déficit fourrager qui fait grimper les coûts

Selon les simulations de l'Institut de l'élevage et des réseaux Inosys, le déficit fourrager pourrait entraîner un surcoût compris entre 300 et 400 € par UGB. Le Charolais a été particulièrement touché durant l'été, avec des vagues de chaleur d'une durée jamais atteinte auparavant. Il en résulte une grave pénurie d'herbe, qui rend difficile pour les éleveurs le maintien de leur calendrier d'alimentation habituel.

La sécheresse des sols freine la reprise

« Le niveau de sécheresse des sols empêche encore aujourd'hui la reprise de la végétation », explique Christèle Pineau, économiste de l'élevage à l'Institut de l'élevage, lors d'une conférence au Salon de l'élevage 2026. « Au 20 septembre, les prairies n'avaient fourni que la moitié de ce qu'elles donnent habituellement. À cette date, 88 % de la pousse annuelle aurait déjà dû avoir lieu. » Cela montre que les effets de la sécheresse se font toujours sentir, sans signe clair d'amélioration de la repousse de la végétation.

Une période d'alimentation prolongée

Début octobre, les éleveurs entrevoient la perspective de plus de six mois d'affouragement consécutifs. « L'espoir de bénéficier d'une pousse d'automne s'amenuise de plus en plus », confirme Claude Vincent, conseiller à la Chambre d'agriculture de l'Indre et membre de l'équipe Inosys dans le Charolais. Fait inédit : dans certaines exploitations, la période d'alimentation pourrait s'étendre de juin 2026 à mars 2027. Cette période prolongée représente une lourde charge pour les éleveurs, qui doivent gérer leurs stocks de fourrage sur une durée bien plus longue que d'ordinaire.

Stratégies d'adaptation et coûts

Derrière le manque d'herbe se profile une facture élevée. Pour mesurer les conséquences, l'Institut de l'élevage et Inosys ont examiné plusieurs stratégies d'adaptation. Un surcoût de 300 € par UGB pour les éleveurs naisseurs et les engraisseurs. Sur une exploitation type de naissage et d'engraissement de 80 têtes dans la région, « la simulation du bilan fourrager fait apparaître un déficit hivernal de 73 tMS ». Ce déficit a conduit les éleveurs à envisager différentes options pour gérer leurs besoins et leurs coûts alimentaires.

Options pour combler le déficit fourrager

Plusieurs options s'offrent aux éleveurs pour combler le déficit fourrager. L'éleveur peut acheter la totalité des volumes manquants. Dans ce cas, le coût engendré par la sécheresse atteint près de 310 €/UGB. Les conséquences sur le revenu prévisionnel sont lourdes : l'EBE de l'exploitation passerait de 121 000 € en 2025 à 73 800 €. Une seconde option consiste à « réaffecter les fourrages destinés aux vaches laitières et à passer les veaux en rations sèches », détaille Claude Vincent. L'ajustement s'élève à 319 € par UGB, avec un EBE prévisionnel pour 2026 de 72 500 €.

Un impact économique marqué pour les naisseurs spécialisés

Pour les éleveurs spécialisés, le coût de la sécheresse apparaît encore plus important. Sur une exploitation type du bassin charolais comptant 110 vêlages, le déficit fourrager hivernal est estimé à 94 tMS. Pour ces éleveurs, les marges de manœuvre sont limitées. Pour passer la crise, la plupart choisissent d'acheter du fourrage, combiné à un sevrage précoce des veaux. Dans ce cas, le surcoût avoisine 400 € par unité de gros bovin. « Avec ce scénario, l'EBE des éleveurs diminue de moitié par rapport à 2025. C'est considérable », regrette Claude Vincent.

Des difficultés d'approvisionnement en fourrage

Les simulations donnent une première mesure du choc économique qui attend la filière. Toutefois, ces perspectives se heurtent à la réalité de la disponibilité des matières premières. « La sécheresse généralisée en Europe signifie qu'il y a peu de fourrage disponible en France comme ailleurs. Les coproduits sont également très demandés... », note Christèle Pineau. En somme, la question n'est pas seulement d'acheter du fourrage, mais de le trouver. Cette rareté ajoute une difficulté supplémentaire pour les éleveurs qui cherchent à couvrir leurs besoins alimentaires.

Des risques financiers à long terme

Si la production, et en particulier l'engraissement, reste rentable, les éleveurs doivent faire face à un nouveau niveau de charges. La production de viande exige d'immobiliser des capitaux sur un cycle long. « Les décisions se prendront en fonction des flux de trésorerie et des possibilités de financement », ajoute l'économiste. Dans le cas contraire, la reprise de la décapitalisation bovine est à craindre. Faute de fourrage ou de liquidités, certains éleveurs pourraient être contraints de réduire leurs troupeaux, ce qui entraînerait d'importantes pertes financières et des défis durables pour la filière.