Une enfant identifiée après 30 ans

Inass Touloub, une fillette de 4 ans dont le corps a été retrouvé sur l'autoroute A10 en 1987, a enfin été identifiée après plus de trois décennies d'enquête. Ses parents, Halima El Bakhti et Ahmed Touloub, sont désormais poursuivis pour « actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner » ainsi que pour complicité devant la cour d'assises de Blois.

L'identité confirmée par ADN

L'identification est intervenue en 1997 grâce à un rapprochement ADN avec un homme de 30 ans impliqué dans une bagarre avec un voisin. L'analyse ADN a révélé une correspondance de 99,999999 %, confirmant que cet homme était le frère de la victime. Aujourd'hui âgés de 72 et 74 ans, les parents risquent la réclusion criminelle à perpétuité.

La découverte du corps

Le corps d'Inass Touloub, couvert d'ecchymoses et de marques de morsures, a été découvert enveloppé dans une couverture en laine bleue, sur le bord de l'autoroute A10, le 11 août 1987. Âgée de 3 à 5 ans, d'apparence méditerranéenne, elle pesait 20 kilogrammes et mesurait 95 centimètres. Personne n'a signalé sa disparition, ni sa famille, ni les services sociaux, ni son école.

Des blessures graves

La découverte du corps par deux agents de Cofiroute, vers 15 heures, a mis en lumière la complexité du crime. Le corps avait été déposé au bord de la route, mais recouvert d'une robe de chambre par-dessus sa combinaison et sa culotte. L'autopsie a révélé de nombreuses lésions, dont des brûlures, des ecchymoses d'âges différents et des morsures particulièrement violentes. L'un de ses mamelons était presque arraché, et des traces de dents étaient visibles sur sa joue. Elle présentait également des fractures récentes à l'avant-bras et aux côtes, ainsi que des fractures plus anciennes qui n'avaient jamais été soignées.

Les difficultés de l'enquête

L'enquête s'est heurtée à de nombreux obstacles. Les graves blessures au visage de l'enfant ont conduit à utiliser un portrait-robot afin d'éviter de choquer le public. La police a mené des recherches de porte à porte dans les villages voisins et a élargi ses investigations aux travailleurs sociaux et aux registres d'état civil. Les marques de morsures ont été analysées et rapprochées de la mâchoire d'une femme ou d'un adolescent. Les enquêteurs se sont également penchés sur les hôpitaux psychiatriques, sans trouver de piste exploitable.

Des recherches d'envergure

L'enquête a été très étendue : 19 000 écoles maternelles et 63 000 écoles primaires ont été visitées, et les fichiers de la CAF ont été comparés aux registres scolaires. Le premier juge d'instruction, Georges Domergue, a même sollicité le ministre de l'Éducation nationale pour obtenir une recherche nationale dans les registres scolaires, demande qui a été refusée. La conclusion était que l'auteur des faits se trouvait vraisemblablement dans l'entourage immédiat de l'enfant, compte tenu de l'absence de toute disparition signalée et de la durée des sévices.

Une campagne de sensibilisation

À l'automne 1987, 130 000 affiches comportant une photo retouchée de l'enfant ont été diffusées dans toute la France et dans 30 autres pays. L'enquête a connu de nombreuses fausses pistes et, malgré ces efforts, l'affaire a été officiellement classée en 1991 faute d'éléments nouveaux. Le dossier est cependant resté sans réponse pendant plus de trente ans.

Un dénouement grâce aux technologies ADN

L'identification d'Inass Touloub grâce à l'ADN, une technique qui n'existait pas en 1987, a enfin permis de lever le voile sur un mystère vieux de plusieurs décennies. Cette affaire illustre les difficultés que posent les affaires non résolues et l'évolution des techniques de police scientifique au fil du temps.