Défis de financement des projets agrivoltaïques

Les projets agrivoltaïques, qui associent production d'énergie solaire et activités agricoles, se heurtent à plusieurs obstacles financiers. Parmi eux figurent la hausse des taux d'intérêt, l'incertitude sur les revenus de la vente d'électricité et la nécessité de respecter des normes de durabilité agricole. Ces facteurs rendent plus difficile l'obtention de financements auprès des banques et des investisseurs.

Les banques exigent des garanties de projet claires

Laetitia Limongi, responsable du financement structuré à la Banque populaire du Sud, a souligné que les banques demandent aux projets agrivoltaïques de démontrer à la fois une production d'électricité et une agriculture durable. Cette double exigence rend ces projets plus complexes que les projets solaires ou agricoles traditionnels.

La hausse des taux d'intérêt augmente le coût de la dette

Des taux d'intérêt plus élevés ont accru le coût des emprunts pour les projets agrivoltaïques. Les investisseurs comparent désormais les projets d'énergies renouvelables à d'autres placements, comme les obligations, qui peuvent offrir de meilleurs rendements avec un risque moindre. Cette concurrence relève la barre en matière de rentabilité et de stabilité financière.

L'incertitude sur les revenus électriques ajoute du risque

Jochen Hauff, fondateur de Think Resiliency, a souligné que l'imprévisibilité des revenus électriques constitue un défi majeur. Des facteurs comme la limitation de production, les prix négatifs, les problèmes de raccordement au réseau et les évolutions réglementaires rendent les flux de trésorerie plus difficiles à prévoir. Cette incertitude affecte à la fois la viabilité financière et la capacité à obtenir des prêts.

Les coûts agricoles augmentent également

Du côté agricole, la hausse des coûts du gazole, des engrais et de la main-d'œuvre réduit les marges bénéficiaires. Les agriculteurs doivent aussi investir dans de nouveaux équipements, ce qui pèse davantage sur leurs finances. Ces pressions rendent plus difficile le maintien simultané de la production agricole et de la production d'énergie.

Les banques évaluent quatre critères clés

Lorsqu'elles examinent les projets agrivoltaïques, les banques se concentrent sur quatre facteurs principaux : la prévisibilité des revenus, la répartition des responsabilités contractuelles, la durabilité des activités agricoles et la résilience du projet dans des scénarios défavorables. Une baisse des revenus ou une hausse des coûts ne doit pas compromettre le remboursement de la dette.

La durée des contrats influence la confiance des financeurs

La durée des contrats d'achat d'électricité (PPA) influe sur la confiance des banques quant à l'avenir d'un projet. Un PPA de 10 à 15 ans offre moins de certitude qu'un accord de 23 ans assorti d'un tarif de soutien garanti. Les contrats à plus long terme rassurent davantage les prêteurs et réduisent le besoin de garanties supplémentaires.

Le modèle de financement actuel repose sur l'électricité et la dette

Jochen Hauff explique que la plupart des projets agrivoltaïques reposent aujourd'hui sur un mélange de revenus électriques et de dette commerciale. Un modèle type pourrait tirer 80 % de ses revenus des tarifs ou des mécanismes de soutien, et 20 % de la vente sur le marché. Côté financement, 70 % proviennent généralement de dette bancaire et 30 % de fonds propres.

Diversifier les sources de revenus est essentiel

Pour réduire les risques et attirer de nouveaux investisseurs, les projets agrivoltaïques doivent diversifier leurs revenus. Un modèle proposé prévoit 50 % des revenus issus des mécanismes de soutien, 30 % de la vente d'électricité sur le marché et 20 % des services agricoles et environnementaux. Cette approche pourrait également modifier la structure de financement pour y intégrer davantage de dette privée et de fonds propres.

Les services environnementaux pourraient offrir de nouvelles sources de revenus

Les agriculteurs pourraient générer des revenus supplémentaires en valorisant des services environnementaux comme le stockage du carbone dans les sols. Des pratiques telles que les cultures associées ou la plantation de haies peuvent contribuer au stockage du carbone. Des résultats vérifiés pourraient donner lieu à des crédits carbone ou à des certifications, comme le Label Bas-Carbone français.

D'autres services écosystémiques pourraient également être monétisés

Au-delà du stockage du carbone, d'autres bénéfices écologiques, tels que la préservation de la biodiversité, l'amélioration de la qualité de l'eau et la restauration des zones humides, pourraient être monétisés. Des programmes publics ou des mécanismes de compensation écologique pourraient offrir des débouchés à ces services.

De nouveaux investisseurs pourraient soutenir la valorisation des actifs naturels

Des fonds spécialisés et des investisseurs à impact sont prêts à payer pour la valorisation des actifs naturels. Selon Jochen Hauff, ces investisseurs peuvent compléter le financement bancaire traditionnel sans compromettre la rentabilité ni la gestion des risques.

La dette privée offre une autre option de financement

La dette privée peut compléter les prêts bancaires et les fonds propres. Toutefois, la question essentielle reste de savoir qui paiera pour ces services, pendant combien de temps et avec quelles garanties. Un modèle innovant ne suffit pas si les acheteurs sont flous ou si les hypothèses de revenus sont difficiles à vérifier.

Des flux de trésorerie crédibles sont essentiels au financement

Laetitia Limongi a souligné qu'à mesure que davantage de projets agrivoltaïques se développeront et que les données de performance s'amélioreront, les banques pourront affiner leurs modèles de risque. Cela pourrait conduire à des conditions de financement plus favorables et contribuer à rassurer les acteurs du secteur.