La fertilité des sols apparaît comme une clé de la résilience agricole, les pratiques régénératives offrant des économies de coûts et une durabilité supérieure aux méthodes conventionnelles.
La fertilité des sols, clé de la résilience agricole
La fertilité biologique des sols s'impose comme un facteur essentiel pour renforcer la résilience des systèmes agricoles, alors que l'incertitude climatique et la hausse des coûts mettent à l'épreuve les pratiques agricoles. Selon Matthieu Archambeaud, président d'Icosystème, la rentabilité des cultures dépend de deux facteurs principaux : le potentiel intrinsèque de la parcelle et sa fertilité biologique, laquelle est influencée par la structure du sol et sa teneur en matière organique.Calcul du prix d'équilibre net du blé tendre
Matthieu Archambeaud a analysé le coût de production du blé tendre et propose d'utiliser un prix d'équilibre net, qui correspond au coût total diminué des subventions. À partir du modèle CHN d'Arvalis, il a comparé des scénarios présentant différents potentiels de rendement et différents niveaux de fertilité des sols. Il souligne que les sols biologiquement riches peuvent fournir naturellement de l'azote et réduire les coûts de mécanisation grâce à une meilleure structure du sol.L'agriculture régénératrice fait mieux que les méthodes conventionnelles
Selon Matthieu Archambeaud, l'agriculture régénératrice peut être plus rentable que les méthodes conventionnelles, même sur des sols au potentiel de rendement plus faible. Un sol plafonné à 70 q/ha, conduit selon des pratiques régénératrices, présente un coût de production de 138 €/t, inférieur à celui d'un système conventionnel produisant 90 q/ha, qui s'élève à 151 €/t. Il met en garde contre la tentation de pousser les systèmes conventionnels vers des rendements plus élevés : cela augmente les coûts d'intrants sans améliorer proportionnellement l'efficacité.Les limites de l'agriculture conventionnelle
L'agriculture conventionnelle fait face à des difficultés économiques, en particulier lorsque le rendement est limité à 50 q/ha. Dans ce cas, le coût de production dépasse 215 €/t, ce qui la rend économiquement insoutenable. Le passage à des pratiques régénératrices peut réduire sensiblement les coûts, les ramenant à environ 165 €/t. Toutefois, cette marge est souvent rognée par des charges financières supplémentaires, comme les frais bancaires et les coûts liés au climat.Au-delà de la réduction des coûts : rechercher la valeur ajoutée et la durabilité
Matthieu Archambeaud estime que la seule réduction des coûts ne suffit pas à garantir un avenir viable pour l'agriculture. Les agriculteurs doivent aussi chercher une valeur ajoutée, grâce à des primes de marché, à des services environnementaux ou à des crédits carbone. Ces sources de revenus complémentaires pourraient dégager une marge nette de 30 à 40 €/ha, contribuant à compenser la hausse des charges et les incertitudes.Une vision d'avenir pour l'agriculture
Matthieu Archambeaud appelle à repenser les systèmes agricoles, en suggérant leur intégration à l'élevage local, à l'agroforesterie et à d'autres pratiques innovantes. S'il soutient l'agriculture régénératrice, il met en garde contre l'idée d'en faire une solution complète aux difficultés financières du monde agricole. La question centrale, selon lui, est de savoir quelle vision à long terme et quelles stratégies les agriculteurs sont prêts à adopter pour assurer la pérennité de l'agriculture dans les décennies à venir.