Plus de cinq millions de personnes en France dépendent de l’aide alimentaire, selon Charles Fournier, rapporteur du projet de loi sur la Sécurité sociale de l’alimentation (SSA). Le nombre de personnes ayant recours aux banques alimentaires est passé de 1,8 million à 2,4 millions entre 2018 et 2024. La SSA, un collectif créé fin 2019 et soutenu par neuf organisations, s’est étendu à trente structures nationales et a mené quarante expérimentations dans tout le pays. Une expérience à Montpellier a par exemple attribué aux participants l’équivalent de 100 euros par mois en monnaie locale, utilisables dans des magasins conventionnels. Une évaluation en 2025 a révélé que la part des participants souffrant d’insécurité alimentaire est passée de 11 à 5 %, bien que les chercheurs aient souligné que les prix élevés dans certains magasins pouvaient représenter une forme de violence symbolique envers les plus vulnérables.
Le nombre d’agriculteurs en France a fortement diminué au fil des décennies, passant de 1,5 million en 1977 à 370 000 aujourd’hui. Jean-Claude Balbot, agriculteur au sein du réseau Civam, témoigne : « Je n’ai plus de voisin… Le gars d’à côté a disparu. » La Confédération paysanne, organisation agricole, critique la politique agricole du gouvernement. En 2015, Stéphane Le Foll, alors ministre de l’Agriculture, déclarait : « Il faut une production suffisamment industrialisée pour être économiquement accessible. » Cette déclaration a été interprétée par la Confédération paysanne comme un aveu d’impuissance face aux défis des petites exploitations.
L’agriculture biologique, les circuits courts et les AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) constituent depuis quarante ans des alternatives à l’agriculture industrielle. Cependant, ces modèles restent accessibles uniquement à ceux qui peuvent se les offrir. En 2012, le réseau Civam s’interrogeait : une production peut-elle être qualifiée de durable si elle ne nourrit pas tout le monde ? Le marché a largement favorisé l’agriculture industrielle, comme l’a conclu en 2018 l’évaluation du ministère de l’Agriculture sur sa politique agroécologique, jugée inefficace en raison de l’absence de débouchés économiques viables pour les pratiques durables.
Selon Mathieu Dalmais, cofondateur du collectif SSA, 30 à 40 % de la population est économiquement exclue d’une alimentation de qualité, tandis que 63 % des agriculteurs estiment nécessaire la transition agroécologique. Pourtant, la plupart ne peuvent produire selon leurs convictions en raison de contraintes économiques. La SSA propose un modèle où chacun recevrait une allocation alimentaire sans condition de ressources, les citoyens décidant des produits et des lieux éligibles. Ce modèle vise à transférer le pouvoir de décision du marché aux consommateurs.
L’initiative SSA a cependant rencontré des obstacles politiques et financiers. En octobre 2024, des députés écologistes ont déposé une proposition de loi expérimentale prévoyant de tester la SSA pendant cinq ans dans une vingtaine de territoires, avec des fonds locaux gérés par des parlements alimentaires. La commission des affaires économiques a adopté la proposition le 12 février 2025, mais la discussion n’a duré que vingt-cinq minutes avant d’être interrompue à minuit. Charles Fournier a dénoncé l’obstruction des députés de droite, tandis que le ministre concerné a jugé la proposition financièrement insoutenable. Des amendements portés par la droite ont qualifié la SSA d’« utopie coûteuse ».
Boris Tavernier, député écologiste du Rhône et cofondateur du réseau Vrac, considère la SSA comme « la plus excitante des propositions sociales depuis des décennies ». Cependant, la dépendance aux élus affaiblit les initiatives, comme le souligne la Fondation Terre Solidaire, qui relève l’arrêt de plusieurs fonds, notamment dans le contexte des élections municipales. La fondation plaide pour un cadre national garantissant un financement durable.
Le 3 octobre 2026, une conférence à la Bourse du travail de Paris a réuni chercheurs, expérimentateurs et décideurs pour discuter de la SSA. Mathieu Dalmais a ouvert la journée, suivi de Boris Tavernier présentant le cadre de la loi expérimentale. Une table ronde animée par Alternatives Économiques a réuni Adam Poupard, Benjamin Coriat et Marie Massart. L’après-midi a été marqué par des échanges avec Lila Djellali, Aymeric Caron et Richard Ramos, ainsi que des représentants des syndicats de la filière alimentaire. Le philosophe du droit Somhack Limphakdy a clos la journée sur la question des biens communs.
À l’approche de l’élection présidentielle, la SSA s’invite dans les programmes politiques. Mathieu Dalmais reste prudent : « Personne ne libère personne », en référence à la Sécurité sociale de 1946, gérée par les travailleurs eux-mêmes. Jean-Claude Balbot a mis en garde les dirigeants politiques : « Une société sans agriculteurs est une société sans capacité de résistance », soulignant la nécessité d’associer les agriculteurs à l’initiative SSA pour tenir les promesses faites.
L'initiative de sécurité alimentaire et de sécurité sociale fait face à des défis politiques et économiques en France
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
food-aidssa-collectiveagriculture-crisisfood-insecurityagro-ecology
Sources d'origine :
- 🇫🇷Basta!



