Les grandes organisations internationales telles que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’UNESCO et l’UNICEF soutiennent l’intégration des arts dans les programmes scolaires visant à prévenir la violence. En France, de nouveaux cahiers pédagogiques sur la vie émotionnelle et relationnelle utilisent des outils culturels comme les albums jeunesse, le théâtre et les arts plastiques pour aider les élèves à explorer leurs émotions, comprendre le consentement et reconnaître les signes de violence. Une revue de 25 ans de recherches sur ce sujet n’a identifié que 14 études ayant évalué des programmes de prévention par les arts dans le primaire ou le secondaire, dont seulement deux reposaient sur des essais randomisés contrôlés. Si les activités artistiques sont reconnues pour aider les enfants à gérer leur colère et réguler leurs émotions, les preuves scientifiques actuelles ne confirment pas qu’elles réduisent la violence. Une revue critique publiée en 2026 dans la revue Future a proposé un modèle expliquant comment une histoire ou une œuvre d’art pourrait aider les enfants à reconnaître et à discuter de la violence. Ce modèle est conçu pour être testé scientifiquement. Les recherches montrent que les enfants rencontrent souvent des obstacles pour parler de violence, comme la honte, l’auto-accusation, la peur des conséquences ou l’attachement à la personne qui leur fait du mal, surtout si celle-ci est proche. Les plus jeunes peuvent aussi avoir du mal à nommer leurs expériences ou à les reconnaître comme anormales en raison d’un manque de vocabulaire et de compréhension. Lorsqu’on demande aux enfants de parler de violence, ils se trouvent face à un choix difficile : se taire ou révéler leur expérience devant leurs pairs. C’est là que la médiation artistique et narrative prend tout son sens. Bien plus qu’une simple activité créative, elle offre un moyen symbolique d’explorer et d’exprimer ce qui ne peut encore être formulé, dans un cadre à la fois sûr et distancié. Le modèle proposé se décline en cinq étapes, commençant par une œuvre d’art ou une histoire. Ces supports créent un espace éloigné de la salle de classe, où les enfants peuvent explorer leurs émotions sans révéler directement leurs expériences. Ils sont confrontés à un conflit, le résolvent par la création ou l’immersion dans le récit, et développent des sentiments comme l’émerveillement, l’empathie ou la fierté. Ces émotions peuvent se traduire par une meilleure régulation émotionnelle, un changement de perspective et un comportement plus coopératif en classe. À terme, le modèle permet aux enfants de se voir non plus seulement comme des victimes ou des témoins de la violence, mais comme des « soi possibles » capables de reconnaître la violence, de trouver la force de s’exprimer et d’aider les autres. La revue a examiné cinq bases de données académiques (ERIC, PsycINFO, Scopus, Web of Science et Google Scholar) entre 2000 et 2025, sélectionnant 14 études répondant à des critères précis. Les résultats révèlent une nuance : si l’art seul peut influencer des facteurs comme la colère ou la régulation émotionnelle, une diminution des comportements violents n’est observée que dans les programmes à grande échelle intégrant plusieurs éléments, ce qui rend difficile l’isolement du rôle spécifique de l’art. La littérature scientifique aborde peu l’utilisation des arts pour prévenir les violences sexuelles, et aucun outil validé n’existe pour mesurer les croyances d’un jeune enfant sur la violence ou sa capacité à s’imaginer dans des situations dangereuses. Les études passées en revue portaient sur six pays, et il n’est pas certain que leurs conclusions puissent s’appliquer à d’autres cultures. Pour combler ces lacunes, le projet PREVIOS est actuellement en développement. Cette initiative multicentrique, associant des équipes en France, en Italie et au Pérou (avec la possibilité d’élargir), vise à comparer différentes méthodes de médiation artistique — comme la littérature jeunesse et les arts visuels — sur une période d’au moins six mois. Elle cherche aussi à élaborer de nouveaux outils pour évaluer l’efficacité de la prévention de la violence, notamment à travers des scénarios illustrés où les enfants peuvent s’imaginer en témoins, victimes ou auteurs.