Créé en mai 2025, le réseau Te Hono Tini rassemble des professionnels de la périnatalité en Polynésie française. Il compte près de 200 personnes issues à la fois du secteur public et du secteur privé, qui accompagnent les mères durant la période allant de la 28ᵉ semaine de grossesse au 7ᵉ jour après l’accouchement. Le réseau défend une approche globale de la périnatalité, qui ne se limite pas aux soins médicaux, mais intègre également la santé mentale et le soutien social. Cependant, il attend que le gouvernement local, appelé le Territoire, le reconnaisse officiellement et lui alloue des financements pour mener une enquête à grande échelle sur la périnatalité dans la région. Les dernières données publiques disponibles sur les naissances en Polynésie française proviennent du rapport démographique 2025 de l’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF), qui recense 3 220 naissances. Mais au-delà de ce chiffre, de nombreuses questions essentielles restent sans réponse. Combien de femmes souffrent de dépression post-partum ? Quel est le risque de suicide chez les jeunes mères ? Quel rôle jouent les addictions pendant la grossesse ? Combien de femmes allaitent leurs enfants ? Autant de questions cruciales qui, aujourd’hui, n’ont pas de réponse. Sans ces données, il est difficile d’évaluer pleinement les besoins des femmes et des enfants, et d’adapter en conséquence les politiques de santé. Le réseau Te Hono Tini souhaite combler cette lacune en réalisant une enquête approfondie sur la santé périnatale en Polynésie. Ces données permettraient au réseau de plaider en faveur d’un soutien financier auprès d’institutions locales et internationales. Des enjeux comme le tabagisme pendant la grossesse, les violences conjugales ou encore les défis psychosociaux occupent une place centrale dans leurs priorités. Dans des pays comme la Nouvelle-Zélande, des campagnes de santé publique à grande échelle ont permis de réduire significativement les taux de tabagisme parmi les populations autochtones. Toutefois, la réalisation d’une telle enquête en Polynésie engendre des coûts financiers. En tant que collectivité autonome, la Polynésie française gère elle-même ses politiques de santé, et une telle enquête n’est pas incluse dans les enquêtes nationales sur la santé financées par l’État français. La présidente et la vice-présidente du réseau, Ariimihi Jamet et Charline Leick, toutes deux sages-femmes, expliquent qu’elles mènent actuellement l’enquête sur leur temps personnel. En France métropolitaine, des initiatives similaires bénéficient souvent de financements publics et de partenariats avec les agences régionales de santé. En Polynésie, en revanche, aucun soutien de ce type n’existe. La semaine dernière, le réseau a rencontré le ministre de la Santé, qui a écouté leurs préoccupations sans pour autant s’engager à allouer des fonds. Le Territoire examine encore différentes options, dont une délégation de service public, mais aucune décision définitive n’a été prise. Pour l’instant, la réussite du réseau repose sur l’engagement personnel de ses membres, qui montrent déjà des signes d’épuisement après 18 mois d’efforts.