« Pourquoi m’as-tu élevée si haut pour me laisser ensuite tomber ? Est-ce un plaisir pour toi de briser, de gâter, de faire comprendre le sublime et de me précipiter dans un abîme ? » Un siècle après sa rencontre avec André Breton, la question posée par Nadja résonne particulièrement. La femme qui a inspiré à Breton son chef-d’œuvre éponyme, Nadja, est longtemps restée prisonnière du personnage qu’elle était devenue, jusqu’à être submergée par une angoisse dévorante et internée en asile. Elle n’avait pas perdu sa lucidité, comme en témoignent ses lettres à Breton, désormais publiées par Gallimard. Alban Cerisier, secrétaire général des éditions Gallimard, souligne que ce livre mérite d’être largement diffusé, car il fait écho aux préoccupations actuelles sur la détresse psychique et le sort réservé par la société au sentiment amoureux.
Léona Delcourt est née près de Lille en 1902, dans un milieu modeste, et devient mère célibataire à 17 ans. Le 4 octobre 1926, lorsqu’elle rencontre Breton, elle vit à Paris, où elle tente de percer comme actrice et danseuse. L’errance parisienne décrite dans Nadja fait écho à l’errance sociale et émotionnelle de Léona Delcourt. Selon Cerisier, sa rencontre avec Breton « a précipité le désastre d’une femme déjà détachée de la réalité commune, déjà immergée dans son monde intérieur, comme il le décrit lui-même ». Cette réalité est aussi celle de Breton, désormais questionnée par ces lettres.
Les lettres de Léona-Nadja, écrites entre le 22 octobre 1926 et le 25 février 1927, sont publiées par Gallimard. Ces missives forment un corpus très restreint, d’une tension extrême, avec une unité de lieu, d’action et de temps : elles s’étalent sur quelques semaines. Ce sont les lettres d’avant la folie, avant l’abîme dont elle ne sortira jamais. On y trouve un témoignage humain extraordinaire, au sens littéral du terme, mais aussi les lettres d’une femme en détresse, pourtant parfaitement lucide sur ce qui lui arrive. Notamment sur la non-réciprocité de son amour pour Breton.
« Il ne me reste plus que des larmes et mes dents mâchent des baisers », écrit Léona. Ou encore : « Comprends cette lettre jusqu’à la fin de mon souffle, car c’est le début du tien. » Celle qui fut longtemps réduite au rôle de muse a ainsi façonné son propre univers. Elle signe un dessin « Un regard d’or », reproduit depuis 1972 sur la couverture Folio de Nadja, et d’autres, tout aussi troublants que magnétiques, sont découverts dans ces Lettres à André Breton.
Une publication qui contribue aussi à déplacer le regard sur l’écrivain et son entourage. « Cela engage notre vision de l’écrivain, parfois trop essentialisée, et le fait entrer dans des réseaux de relations que nous ne soupçonnions pas », note Alban Cerisier. « Cela met en lumière des figures féminines qui étaient bien plus que de simples muses, de réelles interlocutrices, avec des aspirations poétiques, amoureuses, philosophiques, et en tension avec l’œuvre. » Cela s’inscrit dans la volonté de replacer les femmes au cœur du village surréaliste. Plusieurs expositions y ont contribué ces dernières années.
Lors de l’exposition du centenaire au Centre Pompidou, Leonora Carrington, Dora Maar, Joyce Mansour, Dorothea Tanning, Edith Rimmington et Suzanne Van Damme y occupaient une place de choix. « Chacun peut être surréaliste », rappelle Marine Serré, conservatrice des collections modernes au Centre Pompidou. « Et c’est alors un espace d’émancipation et de libération absolue. C’est pourquoi des femmes qui n’avaient pas accès aux écoles dans les années 1920 ont pu trouver leur place dans le surréalisme. » Elle rappelle qu’en 1936, l’exposition surréaliste de Londres comptait déjà 20 % de femmes : « Ce n’est pas une réinterprétation que de leur accorder une telle place. »
Le 21 mars, la police intervient alors que Léona, en pleine crise, est victime d’hallucinations. Elle passera les quatorze dernières années de sa vie dans un établissement psychiatrique avant de mourir, à seulement 38 ans, de typhus ou de faim, pendant la Seconde Guerre mondiale, sous un régime de Vichy cherchant à éliminer les « fous ». Dans l’inventaire de ses affaires établi lors de son internement, parmi quelques vêtements et un sac à main, un détail : « 1 gant unique. »
Des lettres de Léona Delcourt révèlent l’histoire méconnue derrière Nadja d’André Breton
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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