Les stations thermales françaises s'opposent à une réforme de l'assurance maladie qui transférerait la prise en charge des cures aux assureurs privés, menaçant l'accès aux soins et les économies locales.
Les stations thermales françaises s'opposent à la réforme de l'assurance maladie
Les stations thermales françaises s'opposent à un projet de modification de la couverture de l'assurance maladie qui transférerait le remboursement des soins thermaux du système de santé national vers les assurances complémentaires privées. La réforme vise à économiser 200 millions d'euros, mais elle suscite des inquiétudes, car certains patients pourraient ne plus être couverts, les assureurs privés n'étant pas tenus de rembourser ces soins.Structure actuelle des remboursements
Actuellement, les patients prennent en charge eux-mêmes leurs frais de transport, d'hébergement et de repas, mais bénéficient d'un remboursement de 65 % par l'assurance maladie nationale pour les soins thermaux proprement dits, dont le coût s'élève à environ 700 euros. Le changement proposé pourrait créer une incertitude quant au remboursement, ce qui pourrait influencer les décisions de réservation de soins et peser sur l'activité des villes thermales.Inquiétudes concernant l'égalité d'accès
Cette mesure est perçue comme une menace pour l'égalité d'accès aux soins, selon deux parlementaires et Julien Dubois, maire de Dax et président de l'Association nationale des maires des villes thermales. Cette association regroupe 80 communes et souligne l'impact négatif potentiel sur les petites villes thermales, dont beaucoup comptent moins de 5 000 habitants.Impact économique critiqué
Les présidents des Régions de France ont critiqué cette mesure, qu'ils qualifient d'« erreur stratégique » sur les plans médical, budgétaire et social. Ils soulignent que les soins thermaux génèrent « des centaines de millions d'euros et des dizaines de milliers d'emplois », directement ou indirectement, et constituent un levier économique majeur pour les territoires.Réaction du secteur touristique
Christelle Chassagne, présidente d'ADN Tourisme, qui représente les offices de tourisme, a qualifié cette décision d'« unilatérale, précipitée et totalement infondée ». Elle affirme que le thermalisme apporte des bénéfices importants en matière d'emplois non délocalisables, d'activité touristique et de vitalité régionale, tout en coûtant peu à la solidarité nationale.Appels à l'investissement
La Chambre régionale des comptes du Grand Est a appelé à investir pour renforcer la compétitivité et l'attractivité des villes thermales. Par ailleurs, le thermalisme de Plombières-les-Bains, dans les Vosges, a dû fermer fin 2024 après sa liquidation judiciaire ; des élus locaux indiquent que l'activité thermale y est aujourd'hui inexistante en raison de l'état vieillissant des infrastructures.Statistiques de fréquentation
En 2025, près de 470 000 patients ont suivi une cure conventionnelle de 18 jours sur prescription médicale, selon le Conseil national des établissements thermaux (CNETh), qui représente l'ensemble des 103 structures françaises. Franck Leroy, président de la Région Grand Est, met en garde contre une focalisation du gouvernement sur une « économie comptable immédiate », qui pourrait entraîner un recours accru aux médicaments, aux consultations ou aux hospitalisations.Évaluation médicale en cours
La Haute Autorité de santé (HAS), saisie par le gouvernement l'an dernier, a entamé l'évaluation de l'apport thérapeutique des cures thermales. Elle fournira une première mise à jour d'ici la fin de l'année afin de préciser sa méthodologie et le calendrier prévisionnel de ces travaux, compliqués par les importantes différences entre les stations thermales.Nécessité de clarté avant toute décision
Paul-François Houvion, directeur général de l'Établissement thermal de Balaruc-les-Bains, estime qu'il est essentiel de achever ce travail avant de remettre en question le financement des cures. Julien Dubois a souligné qu'il serait « absurde de décider » d'une éventuelle suppression du remboursement « avant d'obtenir » les conclusions de la HAS.