La plus grande installation de stockage par batteries de France a été officiellement inaugurée jeudi près de Reims, mais elle devrait rapidement être dépassée, compte tenu du déploiement accéléré de ces systèmes qui permettent, entre autres, d’optimiser la part des énergies renouvelables. L’installation de Cernay-lès-Reims se compose de 140 conteneurs de batteries de l’entreprise américaine Tesla, répartis sur plus de trois hectares. En service depuis mai, le site est capable d’injecter 240 MW de puissance dans le réseau électrique pendant deux heures (soit 480 MWh). Aujourd’hui, cette installation, qui a coûté plus de 100 millions d’euros, « est la plus grande de France », mais « il y en a d’autres qui arrivent, et c’est très bien pour le réseau électrique français », a déclaré jeudi Franck Woitiez, directeur général de TagEnergy, l’exploitant du site en partenariat avec la Banque des Territoires. Le précédent plus grand parc de stockage par batteries de France était celui de Cheviré, près de Nantes, mis en service fin 2025 par l’entreprise britannique Harmony Energy. Ces méga-batteries servent d’abord à réguler la fréquence du réseau électrique pour le stabiliser, en absorbant les variations de production d’énergie en temps réel. Elles permettent aussi de rééquilibrer les écarts entre production et consommation d’électricité, en se chargeant en cas de surproduction, comme en journée avec l’énergie solaire, puis en réinjectant de l’électricité dans le réseau lors des pics de consommation en soirée. La puissance installée du parc français de stockage par batteries a atteint plus de 1,5 gigawatt fin 2025, soit une hausse de 42 % en un an, selon l’Observatoire des batteries stationnaires, une étude pilotée par plusieurs acteurs dont la Commission de régulation de l’énergie (CRE), le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE et l’Ademe, l’agence de la transition écologique. Quelque 13 GW de projets sont actuellement dans les tuyaux, selon l’association France Renouvelables. La France a démarré plus tard que d’autres pays européens pour s’équiper de grands sites de stockage par batteries, notamment parce que les énergies renouvelables ont mis « plus de temps » à se développer dans l’Hexagone, en partie en raison de la prédominance du nucléaire. La baisse drastique des coûts des batteries contribue aussi fortement à cette croissance. « Le prix des cellules de batteries, en l’espace de cinq ans, a été divisé par trois », selon Christophe Desplats-Redier, directeur général de Neoen France, interrogé par l’AFP jeudi. Pour l’heure, c’est toutefois la Chine qui domine massivement le marché des batteries stationnaires, comme celui des véhicules électriques. « On aurait bien aimé acheter du matériel français, la difficulté, c’est que cette production n’existe pas sur le territoire aujourd’hui », a déploré Franck Woitiez, de TagEnergy. Mais là aussi, les choses commencent à bouger : les batteries du futur grand site de stockage de Neoen en Seine-et-Marne seront ainsi produites en France par Nidec ASI, dans une nouvelle usine de ce groupe japonais près de Saint-Étienne. Signe de l’effervescence actuelle dans ce secteur, l’entreprise Neoen doit aussi inaugurer dans quelques jours un site de stockage par batteries dans le Finistère. Neoen a également lancé récemment la construction de la prochaine plus grande installation de ce type en France, en Seine-et-Marne, dont la mise en service est prévue pour 2028.