Cancers professionnels négligés par le corps médical

Anne Marchand souligne que le corps médical n'envisage ni n'examine suffisamment l'origine professionnelle des cancers, en s'appuyant sur les travaux de deux groupes de recherche scientifique, le Giscop, en Seine-Saint-Denis et dans le Vaucluse. Ces études montrent que les cancers professionnels sont souvent ignorés, y compris par les médecins, alors même qu'ils sont déterminants pour l'ouverture de droits à indemnisation.

Le certificat médical, porte d'entrée vers l'indemnisation

Le droit à indemnisation au titre des maladies professionnelles suppose la délivrance d'un certificat médical initial (CMI), qui peut être établi par n'importe quel médecin, qu'il s'agisse d'un médecin généraliste ou d'un spécialiste de la médecine du travail. Sans ce certificat, les patients ne peuvent pas engager la démarche visant à faire reconnaître leur cancer comme maladie professionnelle auprès de la Caisse primaire d'assurance maladie.

Le peu d'implication des médecins sur la santé au travail

De nombreux médecins n'ont ni le temps ni l'envie d'investiguer les risques professionnels de cancer, considérant souvent ces questions comme hors de leur champ de soins. Il en résulte un manque dans le processus de reconnaissance, alors que tous les médecins ont un rôle à jouer dans le repérage des causes professionnelles possibles des cancers.

Reconnaître pour prévenir et répartir les coûts

Reconnaître les cancers professionnels ne permet pas seulement aux patients de bénéficier d'avantages tels que des indemnités journalières ou une rente majorées, cela contribue aussi à prévenir de nouveaux cas. Cela met en lumière la réalité des cancers professionnels et fait peser le coût des traitements sur les employeurs, via la branche AT-MP de la Sécurité sociale.

Les médecins devraient interroger sur les conditions de travail

Les médecins sont invités à interroger leurs patients sur leurs activités professionnelles, ce qui peut conduire à un diagnostic précoce. Par exemple, savoir qu'un patient a été exposé à l'amiante ou à la silice cristalline peut justifier une surveillance plus rapprochée du cancer du poumon, à l'image de ce qui est fait pour les gros fumeurs.

Un diagnostic précoce grâce à la prise en compte du travail

Dans l'ouvrage Ce que le travail fait aux femmes. Au cœur de l'épidémie de cancers du sein, des salariées du secteur de la pose de revêtements de sol en Lot-et-Garonne ont reçu un diagnostic précoce de cancer du sein parce que leur médecin du travail avait pris en compte leur travail de nuit. Le travail de nuit a été classé comme cancérogène probable par le CIRC en 2007, ce qui a conduit à la réalisation de mammographies plus précocement.

Les difficultés à prouver le lien entre cancer et travail

Sur le plan scientifique, il est impossible de déterminer si un cancer est davantage lié à un facteur qu'à un autre, par exemple si un cancer du poumon est dû davantage au tabac qu'à l'amiante. C'est pourquoi le système de reconnaissance recourt à des tableaux qui associent certains cancers à certaines activités professionnelles.

Des tableaux obsolètes qui freinent la reconnaissance

Les tableaux de reconnaissance actuels sont dépassés et ne reflètent pas les dernières connaissances scientifiques. Par exemple, il n'existe aucun tableau pour le cancer du sein, alors qu'il est lié à des expositions professionnelles telles que le travail de nuit ou les rayonnements ionisants. Cela rend la reconnaissance plus difficile en l'absence de tableau clair de référence.

Les médecins doivent établir un CMI dès qu'un soupçon apparaît

Quelle que soit la situation, les médecins ont le devoir d'établir un CMI dès lors qu'ils soupçonnent un cancer d'origine professionnelle. Le CMI ne confirme pas la cause, mais signale un soupçon, qui constitue la première étape du processus de reconnaissance.