Un an après le lancement du programme EVARS (Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle), qui propose trois séances annuelles de la maternelle au lycée, la journaliste Maëlle Le Corre a publié un essai intitulé Qui a peur de l’éducation à la sexualité ?. Dans cet ouvrage, elle revient sur les résistances au programme, les désinformations qui l’entourent et les enjeux plus larges de l’enseignement de ces sujets à l’école. Elle a échangé sur ces thèmes avec la journaliste Pauline Ferrari, qui traite régulièrement de questions similaires dans ses reportages.
Maëlle Le Corre explique qu’elle souhaitait explorer comment les établissements scolaires deviennent des lieux de tensions autour des questions de genre. Elle souligne que lorsque le cinéaste Pap Ndiaye a remis l’éducation à la sexualité au cœur du débat public, cela a ouvert une réflexion sur ce que ces programmes représentent dans les écoles et dans la société. Elle insiste sur l’importance de remettre en cause le contrôle des adultes et l’idée de protéger les enfants, tout en utilisant EVARS pour défendre les intérêts des élèves.
Pauline Ferrari met en avant le rôle clé d’EVARS dans la lutte contre les discriminations, notamment sexistes, dans un cadre extérieur à la famille, souvent source de violences. Elle explique que le programme permet d’aborder des sujets difficiles à traiter ailleurs, comme le consentement, les violences numériques, les stéréotypes de genre ou la lutte contre le masculinisme. Conçu pour s’adapter à chaque âge, il offre un cadre pédagogique permettant aux enseignants d’aborder des thèmes variés selon les besoins des élèves et des établissements.
Cependant, Pauline Ferrari relève que le principal obstacle reste le manque de moyens, tant financiers que de formation. Beaucoup d’enseignants souhaitent se former à EVARS et mettre en œuvre ces programmes, mais les formations sont limitées. Cela rend difficile le recours à des intervenants extérieurs, comme ceux de l’association Planning Familial. Certains professeurs craignent aussi les réactions des parents, ce qui les pousse à se limiter au strict minimum et à éviter d’aborder la sexualité ou les violences sexuelles. Les équipes éducatives ne sont pas suffisamment accompagnées pour appliquer le programme de manière efficace.
Maëlle Le Corre souligne que le système éducatif national porte encore les séquelles du programme ABCD de l’égalité de 2014. Elle note que des craintes similaires persistent chez les nouveaux parents, mais que les écoles n’ont pas encore réussi à affirmer clairement qu’elles soutiendront le programme EVARS et défendront leurs enseignants si nécessaire. Elle ajoute que, si l’attention médiatique portée aux violences faites aux enfants a pu donner l’impression qu’EVARS était un outil puissant pour y remédier, il ne s’agit que d’une partie de l’équation. L’éducation à la sexualité a souvent été présentée comme une réponse à des crises, comme celle du sida, et si elle a fait ses preuves, la question de la manière d’aborder les aspects positifs de la sexualité reste entière. Maëlle Le Corre estime que, malgré un soutien large, le vrai défi réside dans la mise en œuvre future du programme.
Pauline Ferrari explique que l’association entre les notions d’enfance et de sexualité est souvent difficile, car il existe une tendance à projeter une vision adulte de la sexualité sur les enfants. Elle relève aussi que les désinformations émanant de groupes conservateurs, comme l’idée que les enfants seraient initiés au plaisir ou aux positions sexuelles, sont problématiques, car elles substituent des fantasmes d’adultes à la réalité des enfants.
Maëlle Le Corre estime qu’une éducation à la sexualité bien menée pourrait entraîner une transformation sociétale plus large. Par exemple, enseigner le consentement aux élèves pourrait profondément modifier la perception des relations. EVARS remet aussi en cause la naturalité de la famille, du couple et de l’hétéronormativité. Ces concepts, profondément ancrés dans la société, interrogent leur prétendue « naturalité » et pourraient, s’ils sont questionnés, mener à des changements majeurs. Si le programme est appliqué de manière approfondie, EVARS pourrait s’avérer révolutionnaire.
Pauline Ferrari évoque les groupes d’extrême droite et masculinistes qui souhaitent rétablir des normes de genre strictes, affirmant que les hommes et les femmes ont des rôles, des droits et des caractéristiques déterminés dès la naissance. EVARS s’oppose à ces idées. Elle note aussi que ces groupes utilisent souvent l’argument de la protection de l’enfance pour promouvoir leurs vues. EVARS, en revanche, peut contrer ces discours en s’appuyant sur des faits et des éléments concrets.
Maëlle Le Corre souligne que EVARS est essentiel dans la lutte contre les violences faites aux enfants, car l’école offre un espace de socialisation différent de la famille, où ces violences sont souvent banalisées. Elle estime que cette lutte ne doit pas reposer uniquement sur les épaules des enfants, mais sur celles des adultes, qui doivent être capables de détecter, prévenir et répondre aux préoccupations des jeunes.
En conclusion, Maëlle Le Corre s’interroge : « Qu’attendez-nous de l’éducation à la sexualité, quels espoirs plaçons-nous en elle ? » Elle suggère que la réponse réside dans la construction d’une société où les enfants seraient plus épanouis et libres. Elle observe que les adolescents revendiquent de plus en plus leur droit à l’éducation et que l’envoi de policiers dans les établissements en est un exemple de contrôle adulte. Elle établit un parallèle avec l’éducation à la sexualité, qui implique de respecter les enfants comme des individus à part entière plutôt que comme des êtres malléables sur lesquels les adultes pourraient imposer leur volonté. Elle trouve inspirant que les jeunes gagnent en émancipation et en affirmation de leurs droits.
Pauline Ferrari partage ce constat et espère qu’EVARS pourra devenir un outil de révolution et d’émancipation pour tous les enfants. Elle évoque son travail dans le 93, où des budgets sont alloués aux « quartiers populaires » et aux jeunes issus de l’immigration ou perçus comme étrangers, qu’elle qualifie de choix raciste, islamophobe et classiste. Pourtant, elle estime que, si des interventions sont menées dans ces territoires, elles devraient au moins offrir à ces jeunes la possibilité de contester un système qui leur est structurellement violent.
Le programme français d'éducation sexuelle EVARS fait face à des résistances et défis dans les écoles
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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