Le phare San Juan de Salvamento, construit en 1884 sur l’île des États, en Terre de Feu (Argentine), fut abandonné en 1901 en raison des brouillards fréquents qui rendaient sa lumière inefficace. La structure, un bâtiment hexagonal en bois de hêtre, était équipée de huit lampes à kérosène dotées de lentilles de Fresnel – des verres spéciaux conçus pour concentrer les faisceaux lumineux. Il avait été érigé par le commodore Augusto Lasserre dans le cadre d’une mission militaire visant à établir une sous-préfecture maritime, une prison et un poste de secours au cap San Juan. Toutefois, la lumière du phare s’avéra trop faible pour éviter des naufrages près de l’île du Nouvel-An, si bien que le gouvernement argentin construisit un nouveau phare sur l’île Observatoire en 1902, reléguant San Juan de Salvamento à l’abandon après seulement huit ans de service. L’histoire du phare prit un tournant inattendu lorsqu’il fut évoqué dans un roman de Jules Verne intitulé Le Phare du bout du monde, publié en 1905. Ce livre lui donna son surnom, mais pendant près d’un siècle, cette référence littéraire resta symbolique, le bâtiment continuant de se dégrader dans l’oubli. En 1994, un marin français nommé André Bronner, inspiré par le roman de Jules Verne, entreprit de restaurer le phare. Grâce à l’aide d’organisations et d’autorités variées, dont la marine argentine, le gouvernement français et des entreprises privées, une réplique fut achevée et allumée pour la première fois le 26 février 1998. Une seconde réplique fut construite en 2000 sur pilotis au large de La Rochelle, en France, en hommage au phare original San Juan de Salvamento. Autrefois abandonné et oublié, le phare a désormais trouvé une nouvelle vie à travers l’imaginaire qu’il a inspiré. Son histoire, un temps perdue dans les méandres du temps, a été ranimée par ceux qui y ont vu un symbole de la persévérance humaine et du pouvoir de la littérature à redonner vie à l’Histoire.