Les viticulteurs testent de nouvelles cultures dans le sud de la France

Dans les départements de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, des viticulteurs explorent de nouvelles cultures pour s'adapter au changement climatique, en particulier à la sécheresse croissante des sols. Parmi les cultures testées figure le pistachier, qui peut survivre dans des conditions chaudes et sèches. Dans le village d'Estagel, un vignoble a été transformé en site d'essai pour les pistachiers, dans le but de maintenir la production agricole face à un climat en mutation.

Une nouvelle association étudie la résilience des cultures

L'association Avenir productions agricoles résilientes méditerranéennes (Aparm), créée en 2023, étudie la manière dont différentes cultures, dont le pois chiche noir, le câprier, le teff et le pistachier, peuvent résister aux contraintes environnementales. L'ingénieur agronome Achille Arène explique que l'objectif est de vérifier si les pistachiers peuvent pousser aux côtés des vignes et, peut-être, contribuer à protéger les pieds de vigne en leur procurant de l'ombre.

Le changement climatique impose des transformations aux vignobles

Myriam Levalois-Bazer, qui dirige le développement de la filière pistache pour Aparm, affirme que ce projet répond aux défis de l'agriculture méditerranéenne. Le changement climatique réduit la disponibilité en eau et fait grimper les températures, ce qui pousse certains viticulteurs à arracher leurs vignes. L'État les indemnise à hauteur d'environ 4 000 euros par hectare, mais le paysage viticole évolue, avec l'apparition de davantage de bois mort.

La raréfaction de l'eau menace l'avenir

Selon des modèles scientifiques, d'ici 2100, les ressources en eau de la région pourraient diminuer de 80 % par rapport aux années 1960. Wolfgang Ludwig, hydrologue à l'université de Perpignan, met en garde : la situation est grave et l'adaptation est indispensable. Des zones comme le Roussillon pourraient devenir de plus en plus difficiles à habiter sans changements importants.

Les pistachiers font face à leurs propres difficultés

Si les pistachiers résistent bien à la sécheresse, ils sont vulnérables aux blessures, comme les plaies sur le tronc, qui peuvent être mortelles. Myriam Levalois-Bazer souligne que l'association a étudié le potentiel du marché et constaté que les confiseries et glaciers locaux pourraient être des acheteurs clés. Toutefois, les coûts de production sont trop élevés pour rivaliser avec de grands exportateurs comme la Californie et l'Iran.

Des financements soutiennent la culture du pistachier

Originaire d'Asie centrale, le pistachier met sept ans à produire ses premiers fruits. Le soutien d'Aparm en Occitanie a contribué à faire naître une filière pistache dans le secteur Corbières-Fenouillèdes-Roussillon. La région a reçu 400 000 euros de financement dans le cadre du « Plan agriculture Méditerranée » du gouvernement, qui vise à promouvoir une agriculture durable.

Les agriculteurs se diversifient pour survivre

Elizabeth et Jon Bowen ont arraché quatre hectares de vigne et planté cinq variétés de pistachiers sur différents types de sols. Ils voient dans la diversification un moyen de renforcer leur résilience, d'autant que la crise viticole se poursuit. Laurent Maynadier, viticulteur dans l'Aude, s'est lui aussi tourné vers la culture de l'aloe vera, en s'adaptant à la fois au climat et aux tendances de consommation.

Des élus locaux soutiennent les nouvelles cultures

Jacques Bayona, maire de Saint-Paul-de-Fenouillet, a planté des pistachiers sur ses terres, soulignant que leur coût de production est inférieur à celui de la vigne. Il estime que les pistachiers peuvent procurer un revenu supplémentaire et réduire les risques d'incendie sur les terrains non exploités, même s'ils ne sont pas destinés à remplacer l'ensemble des vignobles.

Des obstacles subsistent pour les nouvelles méthodes agricoles

Malgré les progrès, les agriculteurs se heurtent à plusieurs obstacles, notamment en matière de formation, de financement et de démarches administratives. Toutefois, le passage à des cultures alternatives gagne du terrain, comme solution de remplacement aux grands projets hydrauliques, que certains jugent non durables. Alors que le changement climatique se poursuit, les efforts d'adaptation de ces viticulteurs deviennent de plus en plus cruciaux.