Une vaste étude publiée en septembre 2026 par la Frankfurter Buchmesse et Dosdoce, une entreprise espagnole spécialisée dans la transformation numérique des industries culturelles, révèle que 85 % des professionnels interrogés utilisent déjà des outils d’intelligence artificielle à au moins une étape de la production de livres audio. L’étude, basée sur les réponses de 53 éditeurs, studios et distributeurs, ainsi que sur les contributions de 32 autres professionnels, montre que l’IA est employée non seulement pour la génération de voix synthétiques, mais aussi pour des tâches comme la préparation des textes, le contrôle qualité et la génération de métadonnées. Le rapport souligne que l’intérêt immédiat de l’IA réside moins dans l’interprétation que dans les coulisses de la production. Selon l’étude, les outils d’IA sont utilisés pour la préparation des textes, les guides de prononciation, l’analyse éditoriale, le contrôle qualité et l’alignement entre le texte et l’enregistrement. Claude et ChatGPT sont cités pour l’analyse, l’adaptation des textes, la préparation du casting ou les prononciations. Pozotron sert à la détection d’erreurs et au contrôle texte-audio, tandis qu’ElevenLabs se concentre davantage sur la génération et le clonage de voix. Les économies réalisées grâce à l’intégration de l’IA sont réelles, mais limitées. L’étude estime que les gains pourraient atteindre entre 20 % et 50 % à partir de la deuxième ou troisième année d’utilisation, loin des réductions de 85 % à 95 % parfois évoquées. Le contrôle qualité représente à lui seul une part importante du travail : les auteurs du rapport estiment qu’un passage de vérification équivaut à environ 1,2 fois la durée finale du livre audio. L’étude suggère que l’IA pourrait servir moins à remplacer les productions existantes qu’à créer des livres audio qui, jusqu’à présent, n’auraient jamais été enregistrés : fonds anciens, essais spécialisés, ouvrages universitaires, petits marchés ou traductions dans des langues dont le potentiel commercial ne justifie pas un passage en studio. Le rapport envisage une production à trois vitesses : narration humaine premium pour les nouveautés majeures, production synthétique pour les fonds ou les œuvres de niche, et un modèle hybride combinant voix humaine et outils d’IA. Les professionnels interrogés jugent les œuvres non fictives, techniques ou universitaires plus facilement automatisables, tandis que la fiction reste bien plus dépendante de l’interprétation humaine. En France, Laure Saget, directrice générale d’Audiolib chez Hachette, explique que l’entreprise a déjà adapté ses processus de vérification pour intégrer des outils d’IA, mais insiste sur le maintien d’une supervision humaine à chaque étape et sur la transparence entre éditeurs, auteurs, interprètes et le public. Les principaux freins au déploiement de l’IA ne sont pas techniques : la moitié des répondants citent les limitations imposées par les agents littéraires, les auteurs ou les éditeurs refusant certaines utilisations, ainsi que les restrictions des plateformes. Seulement 10 % mentionnent des difficultés techniques liées à l’intégration de l’IA dans leurs outils existants. Concernant le clonage de voix, 90 % des professionnels exigent plus de transparence envers les auteurs et les auditeurs sur l’utilisation de l’IA, et 60 % insistent sur le consentement pour les voix clonées, des ensembles de données légalement constitués et une rémunération équitable des interprètes. En Europe, depuis le 2 août 2026, l’AI Act impose le marquage détectable des contenus audio générés artificiellement. Les fournisseurs de modèles d’IA à usage général doivent également respecter le droit d’auteur européen, y compris les réserves de droits, et publier un résumé des contenus utilisés pour leur entraînement. En France, un projet de loi adopté par le Sénat en avril et par la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale en juin prévoit que, en cas de litige civil, l’utilisation d’une œuvre protégée par un système d’IA pourra être présumée dès qu’un indice la rend plausible, sauf si le fournisseur apporte la preuve contraire. Aux États-Unis, les livres audio narrés par IA ne représenteraient que 0,03 % des revenus du marché de l’audio en 2025, selon l’Audio Publishers Association (APA). Son enquête sur les ventes, menée par Toluna, estime le marché américain du livre audio à 2,43 milliards de dollars en 2025, en hausse de 9 %. Une autre enquête de l’APA, réalisée par Edison Research auprès des consommateurs, indique que seulement 16 % des auditeurs de livres audio ont déjà écouté un titre lu par une voix synthétique. En France, la question n’est plus marginale : 10 millions de personnes ont écouté au moins un livre audio numérique en 2025, selon le baromètre Médiamétrie-Sofia-SNE-SGDL. L’auditeur moyen de livres audio numériques a 31 ans, et 48 % de ces auditeurs sont abonnés à au moins une plateforme permettant la lecture ou l’écoute de livres. L’arrivée de productions moins coûteuses pourrait alimenter un marché déjà très large, mais davantage de titres signifie aussi plus de concurrence pour se faire remarquer. L’étude identifie également le risque de « AI slop », un terme utilisé par Michael Tamblyn, PDG de Rakuten Kobo, pour décrire la masse de contenus générés à bas coût qui risquent d’étouffer les œuvres soignées et de dégrader la confiance des lecteurs. Malgré ces défis, les professionnels interrogés restent optimistes quant à la croissance du secteur : 44 % anticipent un effet fortement disruptif de l’IA sur le marché de l’audio dans les trois prochaines années, et 42 % prévoient une croissance plus modérée. Le rapport souligne aussi l’importance de la Bibliothèque apostolique vaticane, qui conserve une collection dépassant largement les textes religieux, avec environ 180 000 manuscrits et documents d’archives, 2 millions de livres imprimés et d’autres objets. La bibliothèque abrite également une quarantaine de manuscrits complets ou quasi complets de La Divine Comédie, dont le célèbre Dante Urbinate. Les Archives apostoliques conservent quant à elles des documents produits ou reçus par le gouvernement de l’Église et le Saint-Siège sur près de douze siècles. Les chercheurs peuvent actuellement consulter les documents jusqu’à la fin du pontificat de Pie XII, en octobre 1958.