Les infirmières adoptent l'IA avec prudence, l'utilisant pour gagner en efficacité tout en faisant face à des défis comme le coût, la conformité et l'exactitude.
L'IA gagne du terrain dans le secteur de la santé
L'intelligence artificielle se répand de plus en plus dans le domaine de la santé, notamment pour l'analyse de données, l'aide au diagnostic et l'interprétation des images médicales. Toutefois, son usage chez les infirmiers reste limité, et les réflexions sur son rôle n'en sont qu'à leurs débuts.Les défis de l'IA pour les soins infirmiers
Flavie Aroulandom, cadre de santé et infirmière pédiatrique à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), affirme que les soins infirmiers ne connaissent pas encore de véritable changement lié à l'IA. Elle cite comme principaux obstacles les coûts élevés, la nécessité d'une évaluation, la compatibilité avec les systèmes hospitaliers et le respect des règles de cybersécurité.Efficacité et « IA de l'ombre »
L'IA est perçue comme un moyen de rendre le travail infirmier plus efficace, en réduisant le temps consacré aux tâches de routine et en facilitant la recherche d'informations. Certains infirmiers utilisent des plateformes d'IA sans approbation officielle, une pratique appelée « IA de l'ombre » (shadow AI). Flavie Aroulandom le reconnaît, mais met en garde contre les risques de mauvais usage et de fuites possibles de données de patients.L'usage de l'IA dans le secteur privé
Dans le secteur privé, les infirmiers utilisent également l'IA, sans pour autant parler généralement d'« IA de l'ombre », puisqu'ils travaillent de manière indépendante. Julien Grizzetti, infirmier libéral et consultant pour des éditeurs de logiciels, explique que l'IA les aide à rechercher les effets des médicaments, à comprendre l'état des patients et à interpréter plus rapidement les comptes rendus d'imagerie qu'avec les méthodes traditionnelles.La nécessité d'un usage critique de l'IA
Julien Grizzetti met en garde : l'IA n'est pas encore fiable dans certains domaines, comme la valorisation des prescriptions, où des erreurs et des ordonnances non standardisées peuvent conduire à des résultats faux. Il insiste sur l'importance d'analyser de manière critique les réponses de l'IA, sans s'y fier uniquement.Formation et sensibilisation
Flavie Aroulandom souligne la nécessité de former et de sensibiliser aux enjeux de l'IA, notamment à la compréhension des risques, à la cybersécurité et à la protection des données de santé. Selon elle, l'éducation est essentielle pour aider les professionnels à repérer les incohérences et à interroger les sources des réponses générées par l'IA.Des outils d'IA adaptés aux infirmiers
Flavie Aroulandom et Julien Grizzetti s'accordent sur le fait que les outils d'IA doivent être adaptés aux besoins des infirmiers. Flavie Aroulandom a conçu un prototype qui effectue des recherches dans les protocoles et les recommandations hospitaliers, en veillant à ce qu'il n'invente pas de réponses. Cet outil nécessite des mises à jour humaines constantes et se trouve actuellement au stade de la preuve de concept.L'intégration de l'IA dans le secteur privé
Du côté privé, les éditeurs de logiciels ajoutent l'IA à leurs services, par exemple pour la prise de rendez-vous et la gestion comptable, en utilisant des systèmes fermés qui ne partagent pas les données des patients. Julien Grizzetti note que la valorisation automatique reste difficile en raison de la complexité d'intégration des données propres à chaque patient dans les outils d'IA. Il estime que les méthodes manuelles peuvent encore se révéler plus pratiques dans certains cas.