Le **Conseil des gouverneurs** a relevé les trois principaux taux d’intérêt de 0,25 point de pourcentage, portant le taux de dépôt à 2,50 %. Il s’agit de la deuxième hausse en trois mois, les marchés financiers anticipant une troisième d’ici décembre. La raison principale invoquée est la flambée des coûts énergétiques, en hausse de plus de 14 % sur un an en raison du conflit au Moyen-Orient. En France, Roland Lescure, au ministère de l’Économie et des Finances, a révisé à la baisse la prévision de croissance pour 2026, à 0,5 %, soit la moitié de l’hypothèse initiale du budget. L’Insee, l’institut national de la statistique, avait auparavant anticipé une croissance de 0,4 % dans un rapport intitulé Alerte orange sur la croissance, décrivant la situation comme un « écart d’air spécifique » dans l’économie française. À peine douze jours plus tard, l’enquête PMI de **S&P Global** affichait un indice de 53,1 pour l’ensemble de la zone euro, soulignant le contraste entre le resserrement monétaire de la banque centrale et l’accélération des économies dans d’autres régions. La France, elle, reste à la traîne, avec un taux qui pèse sur vingt et un pays. Les économistes qualifient cette situation de « critique de Walters », notant que, dans une union monétaire, le coût nominal de l’argent est identique pour tous les pays, mais que le coût réel – celui qui influence l’investissement – dépend de l’inflation locale. Résultat : le fardeau des taux plus élevés pèse davantage sur les pays où les prix augmentent le moins, ce qui est actuellement le cas de la France. Son inflation harmonisée a atteint 2,7 % en août, contre 4,5 % en Espagne. Après ajustement pour tenir compte de la hausse des prix, le coût de l’argent frôle les moins deux points aux Pyrénées et approche zéro en France. À Madrid, l’inflation allège le poids de la dette, tandis qu’à Paris, les emprunteurs paient plein tarif. Le resserrement touche surtout l’économie qui en a le moins besoin. Le choc est commun, mais la facture est nationale. Le rebond du PMI français à 51,2 en septembre ne change rien à ce diagnostic. **S&P Global** y voit en partie un rattrapage après les canicules d’août, et l’Allemagne, à 53,8, reste bien devant. La double peine inclut une asymétrie à la fois monétaire et budgétaire. Le rendement de l’OAT à dix ans (obligation d’État française) a dépassé 4 % en août, reflétant en partie la politique monétaire, mais aussi un risque propre à la France : un déficit persistant et un budget 2027 à construire sur une croissance réduite. Le pays subit deux resserrements simultanés, l’un venu de Francfort, l’autre imposé par les marchés. Robert Mundell et Peter Kenen avaient identifié ce risque dès les années 1960 avec la théorie des zones monétaires optimales. Une monnaie unique exige des cycles économiques synchronisés ou des amortisseurs, comme la mobilité du travail, des transferts budgétaires ou une flexibilité des salaires, pour absorber les déséquilibres. L’Europe ne les a pas construits à la bonne échelle. La convergence relative des dernières années a masqué cette faiblesse, et les crises énergétiques l’ont révélée, car elles frappent chaque pays avec une intensité différente. Le parc nucléaire français protège les ménages, tandis que la dépendance aux hydrocarbures transmet le choc plus rapidement, jusqu’à 4,2 % d’inflation en Belgique. La **Banque centrale européenne** ne peut rien y faire et le sait. Son mandat est de réguler la moyenne, comme un thermostat qui ajuste la température d’un bâtiment, et non celle de chaque appartement. Ironie de l’époque : la France, longtemps accusée d’exporter sa laxité, importe aujourd’hui la rigueur des autres. La question n’est donc pas monétaire. Combien de temps une union peut-elle vivre avec des cycles économiques divergents sans budget commun pour les rapprocher ? En 2011, l’institution avait déjà durci sa politique au mauvais moment, lors de la crise de la dette souveraine. L’épisode actuel rouvre ce débat, avec des rôles redistribués.