Estelle Mercier, députée du Parti socialiste (PS) et responsable du budget au sein de son groupe, a déclaré que le budget actuel ne laisse aucune marge de manœuvre et a prévenu que les discussions à venir s’annonçaient extrêmement difficiles. Selon elle, cette situation envoie un signal négatif au gouvernement. Mercier a exhorté l’exécutif à revoir sa copie, insistant sur la nécessité de donner la priorité aux contributions des plus aisés et des grandes entreprises pour soutenir le budget. Dans le même temps, les députés écologistes ont dénoncé un budget qui, selon eux, menace la capacité de vivre en société et sur la planète. Ils prévoient de censurer ce budget et ont critiqué le gouvernement pour avoir ciblé les retraités dont les pensions dépassent 1 260 euros, les allocations familiales et le point d’indice des fonctionnaires, plutôt que de taxer les grosses héritances et les profits pétroliers. Eric Coquerel, président de la commission des finances de La France Insoumise (LFI), a qualifié le budget de « déconnecté des réalités » du pays et de « récessif ». Il a critiqué le recours à des mesures comme la hausse des pensions, l’augmentation de la TVA et les frais d’inscription en BTS, qu’il estime toucher la majorité des Français tout en épargnant les ultra-riches. Coquerel a estimé à 2,4 milliards d’euros les coupes budgétaires dans le secteur « travail et emploi », à 643 millions d’euros dans l’enseignement scolaire et à 448 millions d’euros dans le logement, principalement en raison d’un gel des APL, une aide au logement. Il a mis en garde contre un possible rejet par l’opinion publique si le gouvernement utilise l’article 49, alinéa 3 de la Constitution, qui permet d’adopter un budget sans vote parlementaire. Les députés écologistes ont également qualifié le budget d’« insupportable et inacceptable » et ont promis de le rejeter. Le PS, qui avait jusqu’ici évité de rejeter le gouvernement, a adopté une attitude froide, reprenant l’argument de Mercier selon lequel « il n’y a pas de main tendue, il n’y a absolument rien qui permette d’envisager un compromis ». Le Rassemblement national (RN) a critiqué le budget comme étant « décourageant », mais n’a pas manifesté l’intention de le rejeter. Jean-Philippe Tanguy, le « monsieur budget » du groupe de Marine Le Pen, a accusé le gouvernement de présenter des « calculs bidons » pour afficher des économies alors que, dans les faits, le budget prévoit « une hausse des dépenses ». Il a souligné que les prélèvements obligatoires augmenteraient de 14 à 17 milliards d’euros, contredisant ainsi l’affirmation du gouvernement selon laquelle il n’y aurait pas d’augmentation généralisée des impôts. Philippe Juvin, rapporteur général, a appelé à des débats « extrêmement humbles » compte tenu de la situation économique actuelle. Il a estimé que l’objectif du gouvernement d’un déficit public à 5 % en 2027 reste insuffisant et incertain, mais a souligné qu’« il est absolument nécessaire de réduire les dépenses ». Il a noté que des sommes croissantes de l’argent public servent à rembourser les intérêts de la dette plutôt qu’à financer les hôpitaux, l’éducation ou la recherche. Charles de Courson, prédécesseur de Juvin, a rappelé que le Haut Conseil des finances publiques avait jugé « optimistes » les prévisions de croissance du gouvernement pour 2027 et s’est dit inquiet de voir la reprise dépendre d’une « hausse massive des prélèvements obligatoires ». Boris Vallaud, Patrick Kanner et Johanna Rolland, dirigeants de députés et sénateurs, ont appelé dans une lettre le gouvernement à revoir « sans délai » le projet de budget, évoquant une situation économique, sociale et budgétaire grave en France. Ils ont alerté sur le fait que le budget continue de faire porter le poids sur les citoyens les plus modestes, tandis que les plus aisés restent épargnés. Ils ont exhorté le chef du gouvernement à amender le texte, éventuellement par une lettre rectificative, et ont noté que le gouvernement pourrait être contraint de recourir à l’article 49, alinéa 3 de la Constitution pour faire adopter le budget sans vote, ce qui obligerait le PS ou le RN à s’abstenir de le censurer. Le gouvernement a indiqué qu’il négocierait avec le PS, mais les socialistes ont menacé de censurer le texte, le qualifiant d’« inacceptable ». Ils ont pointé des mesures touchant les retraités sans taxer les hauts revenus, des baisses de fiscalité sur la fortune couplées à un gel des aides pour les plus précaires, et des efforts demandés aux malades sans que les grandes entreprises ne soient mises à contribution. Ils ont prévenu que le gouvernement pourrait être contraint de se tourner vers le Rassemblement national, ce qu’ils jugent politiquement et moralement inacceptable à l’approche de l’élection présidentielle. En cas de blocage, le gouvernement pourrait aussi recourir à des décrets budgétaires pour faire adopter son budget initial sans aucun vote, une procédure inédite sous la Ve République.