Un squelette de dinosaure rare, Dubreuillosaurus valesdunensis, sera mis aux enchères à Paris, suscitant des inquiétudes quant à son importance scientifique et culturelle.
Un squelette de dinosaure mis aux enchères à Paris
Un squelette de dinosaure unique, Dubreuillosaurus valesdunensis, sera vendu aux enchères à Paris le 18 novembre par la maison Millon, à l'Hôtel Drouot. Le prix estimé se situe entre 250 000 et 350 000 euros, frais non compris.Découverte et préparation du fossile
Le spécimen, un holotype et le seul représentant connu de son espèce, a été découvert en 1994 à Conteville (Eure), en Normandie, par André Dubreuil, alors maire de la commune. Le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) et le CNRS ont mené les fouilles, et le Centre de recherche en paléontologie - Paris (CR2P) a préparé le squelette, qui comprend l'un des crânes de théropode les mieux conservés de France.Statut juridique et propriété
Le squelette a été exposé pendant plusieurs années au Paléospace, à Villers-sur-Mer, mais il n'a jamais fait l'objet d'une donation officielle. La famille Dubreuil a donc pu le récupérer après le décès d'André Dubreuil, en 2024. En France, le patrimoine paléontologique ne bénéficie d'aucun statut juridique particulier : les institutions publiques ne disposent donc d'aucun recours légal pour empêcher la vente.Importance culturelle et scientifique
Le fossile est classé comme « bien culturel » dans le catalogue de la vente. Tout acheteur souhaitant l'exporter devrait obtenir l'accord du ministère de la Culture. L'État dispose d'un droit de préemption sur cet achat en vertu de l'article L123-1 du Code du patrimoine, mais aucun musée n'a annoncé de demande de préemption à la date limite du 10 novembre.Inquiétudes et débats scientifiques
Des paléontologues, dont Ronan Allain, du MNHN, ont exprimé leur inquiétude face à la perte potentielle de ce spécimen, scientifiquement très important. Dubreuillosaurus est un proche parent de Megalosaurus et revêt une grande importance historique. En tant qu'holotype, il sert de référence internationale pour l'espèce, et sa disparition entraverait la recherche scientifique.Tentatives pour empêcher la vente
Certains chercheurs se demandent si le fossile ne serait pas en réalité un jeune Poekilopleuron, le genre dans lequel Allain l'avait initialement classé en 2002. Le débat reste ouvert, mais les scientifiques insistent sur la nécessité de continuer à pouvoir accéder au spécimen, quel que soit son acquéreur. Le MNHN et d'autres institutions ont lancé une campagne de financement participatif ainsi qu'une pétition demandant la suspension de la vente, soulignant le risque d'une perte irréversible pour la science et le patrimoine. Malgré ces efforts, le cadre juridique autorise la vente, et l'avenir du spécimen reste incertain.