L’Iran mobilise des milices irakiennes dans des opérations ciblant l’Arabie saoudite, ce qui suscite une insatisfaction croissante parmi les dirigeants irakiens. L’escalade iranienne au Moyen-Orient affaiblit les milices chiites irakiennes pro-Téhéran, des figures chiites de premier plan condamnant désormais l’implication de l’Irak dans la guerre et l’influence iranienne. Cette escalade actuelle risque d’affaiblir l’influence iranienne auprès d’une partie de la population chiite et de renforcer l’État irakien.
Près de six mois après le début de la guerre en Iran, le résultat de l’opération lancée par la coalition américano-israélienne surprend. Non seulement le régime iranien résiste, mais il parvient à déployer sa capacité de nuisance tant au niveau régional que mondial. Après la fermeture du détroit d’Ormuz, la République islamique a réussi, par le biais de ses proxys houthis, à bloquer le détroit de Bab al-Mandeb et semble capable de paralyser les exportations pétrolières saoudiennes, comme en témoigne l’attaque menée par des milices irakiennes pro-iraniens contre le principal oléoduc est-ouest du pays le 11 septembre.
Sur le plan diplomatique, Téhéran semble remporter des succès successifs et sortir de son isolement, comme en témoigne la rencontre entre les ministres des Affaires étrangères iranien et chinois le 16 septembre à Pékin, à l’issue de laquelle la Chine a réaffirmé son « soutien à l’Iran » dans la défense de ses « intérêts légitimes ». Ces événements récents incitent certains observateurs à conclure que le régime se renforce, voire que l’Iran est en train de gagner la guerre en cours.
Pourtant, en rompant le cessez-le-feu début juillet 2026 et en attaquant certaines infrastructures énergétiques saoudiennes, l’Iran a engagé une phase offensive impliquant un coût politique élevé pour la République islamique. Les attaques contre l’Arabie saoudite, menées depuis le territoire irakien, ont ainsi déclenché de vifs débats politiques en Irak et poussé les dirigeants chiites à envisager le désarmement des milices pro-iraniennes.
Bien que ces tensions internes au monde chiite retiennent peu l’attention des médias occidentaux, elles révèlent des changements durables et profonds qui tous pointent vers un affaiblissement de l’Iran au sein de l’arc chiite.
En Irak, l’escalade iranienne pousse le gouvernement d’Ali Al-Zaïdi, dominé par des partis chiites, à désarmer la coalition des milices chiites pro-iraniennes du Hachd al-Chaabi (créé en Irak avec le soutien de l’Iran pour combattre Daech) ou à les intégrer dans l’appareil d’État.
L’ultimatum lancé par le gouvernement aux milices pro-iraniennes en juin 2026, les obligeant à s’intégrer à l’État ou à se désarmer d’ici le 30 septembre 2026, poursuit un objectif clair : empêcher Téhéran d’activer ces milices pour frapper l’Arabie saoudite et le Koweït, ce qui entraînerait l’Irak dans une escalade avec les monarchies du Golfe.
Pourtant, bien que le gouvernement ait finalement décidé de reporter la fin de l’ultimatum à l’été 2027, cette confrontation entre l’État et les milices dirigées par Téhéran semble, à court terme, tourner à l’avantage de Bagdad, puisque plusieurs milices ont dès l’été 2026 choisi d’obéir au gouvernement plutôt qu’aux injonctions du parrain iranien. La milice nationaliste chiite Saraya-al Salam, hostile aux ingérences iraniennes, a rapidement montré l’exemple en proposant, avant même l’ultimatum, dès mai, l’absorption de toutes ses forces par l’État.
Preuve du déclin du contrôle de Téhéran sur ses milices, l’Asaib Ahl al-Haq (AAH), une milice étroitement alignée sur l’Iran, annonce en juin, par la voix de son dirigeant Qais-al-Kazahli, son retrait du Hachd al-Chaabi et sa volonté de se soumettre à Bagdad. Bien que d’autres milices du Hachd al-Chaabi, comme les Kataeb Hezbollah, n’aient pas encore répondu favorablement à l’ultimatum de l’État irakien, plusieurs facteurs laissent espérer leur alignement sur la ligne sadristes ou AAH.
Les milices chiites cherchant à s’intégrer à l’État et ainsi limiter l’ingérence iranienne bénéficient d’une légitimité religieuse supérieure, puisqu’elles peuvent compter sur le soutien d’Ali al-Sistani, la principale marja (juriste doté de l’autorité la plus élevée au sein du chiisme duodécimain) des chiites irakiens, qui a publiquement exprimé son appui à l’État dans sa démarche de désarmement ou d’absorption des milices pro-iraniennes.
Rappelons que le Hachd al-Chaabi a été fondé en 2014, dans le contexte de la guerre contre Daech, par une fatwa du même Al-Sistani, qui considère ces milices comme des outils défensifs contre l’expansion de l’État islamique et non comme un instrument de domination iranienne sur l’Irak – et encore moins comme une force déstabilisatrice pour les voisins du Golfe.
Par ailleurs, l’évolution actuelle du régime iranien, dont la composante cléricale et religieuse est de plus en plus éclipsée par le pouvoir militaire des Gardiens de la révolution, prive les milices pro-iraniennes d’une légitimité religieuse capable de rivaliser avec celle d’Al-Sistani.
Dans ce contexte, le soutien inconditionnel des milices du Hachd al-Chaabi à l’Iran et à sa politique d’escalade pourrait les couper définitivement de leur base populaire.
Plusieurs indicateurs semblent confirmer l’hostilité de la population chiite irakienne envers l’escalade menée par Téhéran. La condamnation virulente des bombardements par plusieurs figures politiques chiites très populaires, comme Moqtada Sadr, semble confirmer cette hypothèse. Toujours soucieux de préserver le soutien de la rue chiite, Moqtada Sadr dénonce les milices iraniennes et leur volonté de mettre en œuvre la politique d’escalade de Téhéran. Dans un tweet publié le 30 juillet 2026, le lendemain des frappes américano-saoudiennes lancées en réponse à des attaques précédentes du Hachd al-Chaabi ayant fait au moins vingt morts en Irak, le leader chiite irakien a déclaré :
« Les agissements effrontés des milices et le fait que les armes ne soient pas exclusivement entre les mains de l’État ont causé et continuent de causer, sans aucune justification, le martyre des combattants des Forces populaires et des forces de sécurité. Pendant ce temps, leurs dirigeants jouissent de sécurité, de confort et de commerce. Cela suffit à ces comportements individuels et irrationnels. »
Ce tweet permet de comprendre la stratégie politique du leader chiite, qui utilise la guerre pour revenir au cœur du débat politique. L’escalade iranienne lui offre l’occasion de développer un discours hostile aux dirigeants « vendus à l’Iran », qui imposent à leurs combattants une stratégie contraire à leurs propres intérêts et à ceux de l’Irak. Le message suggère un lien entre la mise en œuvre, par le Hachd al-Chaabi, des ordres de Téhéran d’une part, et la corruption de ses dirigeants d’autre part, et résonne avec un nationalisme irakien exacerbé par la politique de Téhéran consistant à impliquer l’Irak dans des conflits ne lui apportant aucun bénéfice.
Les frappes menées par Téhéran depuis l’Irak contre l’Arabie saoudite offrent une occasion idéale aux dirigeants nationalistes comme Moqtada Sadr pour condamner l’influence iranienne sur les milices irakiennes, comme le rappelle un autre tweet du 29 juillet :
« Je condamne les agissements des milices effrontées qui entraînent l’Irak dans une guerre stérile. J’appelle le gouvernement irakien à rétablir la sécurité, à faire respecter la souveraineté et à œuvrer sans relâche pour la sécurité du peuple irakien et de ses lieux saints, sans se laisser entraîner dans des superstitions sectaires répugnantes. »
Moqtada Sadr incarne un discours dont la guerre rend la pertinence tangible et évidente pour les chiites irakiens : les actions des milices iraniennes, en plus d’impliquer l’Irak dans la guerre, contribuent au processus de sectarisation du pays, qui le divise et affaiblit sa souveraineté au profit de Téhéran.
Ainsi, les succès des proxys iraniens en Arabie saoudite se font au détriment du soft power de la République islamique au sein de l’arc chiite en Irak. Il convient donc de nuancer l’image d’une République islamique sortant renforcée de la guerre. Parmi tous les pays qui la composent, l’Irak semble être le maillon faible de « l’axe de la résistance », puisque les milices chiites irakiennes sont confrontées à un dilemme : soit exécuter les ordres de Téhéran et perdre ainsi le soutien populaire d’une partie de la rue irakienne (y compris chiite), soit s’intégrer à l’appareil d’État irakien, mais perdre le soutien de leur parrain iranien.
La vitalité du nationalisme irakien, réveillé par les interventions iraniennes, la légitimité des élites religieuses chiites irakiennes et surtout leur autonomie vis-à-vis de Téhéran semblent indiquer que ces milices refuseront les ordres d’escalade en provenance de Téhéran. Une dynamique de ce type, si elle s’applique à d’autres milices pro-iraniennes, comme le Hezbollah au Liban, pourrait significativement stabiliser le Moyen-Orient en renforçant des États comme le Liban ou l’Irak, dont la souveraineté était précisément la cible de la République islamique.
Les opérations régionales de l'Iran et le dilemme des milices chiites irakiennes
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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