Régis Géraud, éleveur et sélectionneur de bovins limousins en Corrèze, collabore depuis une dizaine d’années avec un nutritionniste indépendant, Stéphane Lauzet. Après avoir obtenu un BTS en Analyse, Gestion et Stratégie des Entreprises Agricoles, Régis a pris conscience que la fonction de sélectionneur exigeait des compétences pointues. Il est devenu l’un des premiers éleveurs laitiers de la région à faire appel à un nutritionniste, une décision qui l’a aidé à aborder avec plus de sérénité la sécheresse estivale sévère de cette année. En axant sa stratégie sur l’autonomie alimentaire et la réduction des coûts de production, il est passé de l’achat de granulés à la fabrication de ses propres aliments, à base de luzerne et d’analyses systématiques de ses fourrages. Il utilise aussi des coproduits et travaille avec un nutritionniste qui joue un rôle de conseiller plutôt que de commercial. Régis estime que cette approche lui permet d’économiser environ 10 000 euros par an, pour un coût de service d’environ 2 500 euros. Pour réduire les dépenses, Régis s’associe à plusieurs autres éleveurs pour acheter des aliments en gros. Par exemple, il se fournit en 25 tonnes de colza avec trois autres producteurs et achète du liquide riche en protéines et en sucres auprès d’une vingtaine d’agriculteurs. Cette année, en raison de la sécheresse, il s’est tourné vers la farine de biscuits, en commandant 84 tonnes en Vendée dès le mois de juin, sur les conseils de Stéphane. Les cultures de maïs avaient en effet été affectées par le manque d’eau et par un orage survenu le 14 juillet, susceptible de réduire les rendements de 30 à 35 %. À la mi-août, la farine de biscuits avait déjà vu son prix augmenter de 20 euros la tonne, mais Régis avait déjà passé sa commande. Il prévoit d’utiliser cette farine pour remplacer le maïs dans ses rations. Régis a optimisé son système d’alimentation pour ses 300 animaux par an. Il a testé divers aliments, comme le soja ou la pulpe de betterave, mais les a jugés soit trop coûteux, soit peu pratiques. Son système actuel repose principalement sur l’ensilage d’herbe issu de 50 hectares et la luzerne, qui peut repousser avec seulement 30 mm d’eau. Il conserve aussi un minimum de foin dans les rations et maintient des surfaces excédentaires en prévision des urgences. La luzerne occupe une place centrale, notamment pour sa teneur en fibres, essentielle pour les veaux. Il évite dans certains cas les granulés et le foin, dont l’effet peut s’avérer inverse. Ses achats d’aliments, paille non comprise, restent inférieurs à 20 000 euros par an. Dans sa région, trouver des coproduits adaptés n’est pas toujours aisé, mais Régis se montre ouvert à des solutions originales, comme les pop-corn, la semoule de couscous ou la farine de biscuits en provenance de la région marseillaise. Stéphane a déjà analysé un liquide alimentaire dont la composition réelle différait de celle annoncée par le vendeur, ce qui a conduit à ajuster le plan d’alimentation. Régis se tient également informé et observe pour améliorer ses pratiques, convaincu que ce qui fonctionne en élevage laitier peut s’appliquer à l’élevage de bovins à viande. Il veille à ce que ses vaches produisent un lait de qualité pour leurs veaux, et utilise du marl et de l’urée pour améliorer la qualité de ses sols. Il évite de garder les vaches taries en été, concentrant les vêlages entre le 15 août et le 15 novembre, avec pour objectif un veau par vache et par an. Son approche de gestion inclut aussi des vaccins et des compléments pour prévenir les problèmes de santé et garantir l’efficacité économique.