L’engraissement des veaux issus de croisements laitiers devient un axe stratégique dans plusieurs régions agricoles françaises. Cette démarche vise à réduire l’exportation de jeunes animaux vers des pays comme l’Espagne ou l’Italie, où ils sont généralement engraissés avant d’être abattus. En dix ans, le nombre de veaux exportés a fortement augmenté, passant de 145 000 en 2014 à 345 000 en 2024. Les inquiétudes grandissent quant à l’impact environnemental de ces transports sur de longues distances, ainsi qu’aux futures réglementations sur le bien-être animal pendant le transport. En engraissant davantage de veaux sur place, la France pourrait ainsi créer plus de valeur sur son territoire. La consommation française de viande rouge reste relativement stable, autour de 1,4 million de tonnes par an. Pourtant, le cheptel bovin du pays a diminué de 12,6 % en sept ans, creusant l’écart entre l’offre locale et la demande. Cela a conduit à une hausse des importations, qui représentent désormais près d’un quart de la viande bovine consommée, notamment pour la restauration hors foyer. D’un point de vue économique, il est donc plus avantageux de garder les veaux en France pour les engraisser et les commercialiser localement plutôt que de les exporter. Pierre Simonet, directeur d’Interbev Bretagne, souligne que produire des carcasses homogènes et de qualité pour les restaurants représente une réelle opportunité. Cela implique cependant de croiser les veaux laitiers avec des races à viande pour obtenir la qualité de viande souhaitée. À Cirbeef, une ferme expérimentale située à Mauron, différentes techniques de croisement sont testées, comme l’élevage en pâturage ou en enclos. Un projet marquant est Herbo Pacte, lancé en 2003 par le groupe Bigard. Ce programme cherche à produire des bovins adaptés aux morceaux de viande et à la viande hachée, en croisant des races comme la Hereford ou l’Angus avec des vaches laitières. Dorothée Taillandier, responsable des achats de bovins vivants chez Bigard, explique que ces animaux grandissent rapidement et développent une bonne persillé, ce qui améliore le goût et le jus de la viande. D’autres initiatives suivent cette même logique. Envol, une coentreprise entre Terrena et Denkavit, approvisionne les abattoirs Elivia en veaux croisés élevés dans des conditions contrôlées. Cooperl, une coopérative, a mis en place une filière dédiée aux génisses croisées, dont certaines sont utilisées par Moy Park Beef, fournisseur de viande hachée pour McDonald’s. En 2024, 48 éleveurs Cooperl produisent environ 50 génisses par semaine, avec un objectif de 6 000 génisses par an. D’autres filières se développent dans d’autres régions, comme l’Est avec l’union coopérative Cloé ou Auvergne-Rhône-Alpes avec le projet Deveaulaura. Ces efforts illustrent une tendance croissante à valoriser localement les veaux croisés, réduisant ainsi la dépendance aux importations et soutenant l’agriculture régionale.