Les Presses Universitaires de la Méditerranée ont publié un ouvrage intitulé De la parole des élèves à l’action éducative, qui s’intéresse à la didactique du français, c’est-à-dire aux méthodes et théories de l’enseignement. Cet ouvrage s’inscrit dans la continuité d’un dialogue avec les travaux de Dominique Bucheton, pédagogue de renom, notamment autour des pratiques professionnelles d’enseignement et d’apprentissage. L’ouvrage est dirigé par Richard Etienne, Martine Dreyfus et Jean-Charles Chabanne. Le livre propose des pistes concrètes pour faire évoluer les pratiques en classe, comme l’adaptation des stratégies pédagogiques telles que l’étayage – où l’enseignant accompagne les élèves dans l’apprentissage de nouvelles tâches – ou encore le tissage, une méthode qui relie différents aspects de l’apprentissage. Il met aussi en avant la formation par la « recherche participative », où enseignants et élèves collaborent pour améliorer l’apprentissage, ainsi que la gestion des établissements scolaires. L’objectif affiché est de « changer l’école avec et grâce à ses acteurs », en se concentrant sur la compréhension et l’amélioration des pratiques éducatives et de la formation des personnels pour impulser une transformation démocratique, humaniste et sociale du système éducatif. Les idées de Dominique Bucheton prennent une résonance particulière aujourd’hui, notamment avec l’essor de l’intelligence artificielle, capable de générer automatiquement des textes. Il devient essentiel de mettre en place une approche didactique signifiante de l’écriture en classe, en utilisant l’IA tout en résistant à ses effets. Cela implique de considérer les élèves comme des « sujets écrivants » actifs, de privilégier le processus d’écriture plutôt que le seul résultat final, et d’encourager l’auto-régulation des apprentissages. Cette démarche inclut l’évaluation des écrits intermédiaires et l’accompagnement des élèves dans la gestion autonome de leur apprentissage. Un article de Yann Mercier-Brunel propose des pistes pour affiner les critères d’évaluation. Il suggère de s’appuyer sur la « dimension énonciative et pragmatique du texte », sa « dimension sémantique et symbolique », ainsi que sur la construction « d’un rapport à la norme ». Ces critères visent à offrir une compréhension plus globale du travail des élèves, au-delà du simple contenu. Le « concept d’évaluation » de Dominique Bucheton n’a pas encore été pleinement intégré dans le système scolaire, et c’est aux enseignants de relever ce défi. L’enjeu est de donner un sens réel aux processus d’écriture et d’apprentissage, plutôt que de déplorer les limites des évaluations traditionnelles, souvent rendues obsolètes par les normes scolaires actuelles et les nouvelles technologies. Dominique Bucheton conclut en imaginant un nouveau rôle pour les enseignants, qui s’éloigne des attentes traditionnelles. Elle décrit un professeur comme un médiateur et un compagnon, un rôle à construire par la formation et par l’évolution de la société. Cette transformation exige des changements profonds dans les méthodes pédagogiques, incluant des formes variées d’étayage – l’accompagnement des élèves dans leurs apprentissages – et de co-étayage entre élèves. Elle envisage un enseignant capable de se taire, d’écouter et d’observer pour mieux adapter les situations d’apprentissage aux besoins diversifiés des élèves. Cette approche demande aux professeurs de mobiliser leur créativité et leur liberté, en intégrant les pratiques techniques et didactiques à une réflexion plus large, prenant en compte l’ambiance de la classe, le temps et l’engagement collectif de la classe en tant que « grand cerveau social ».