Le gouvernement français a lancé une plateforme en ligne destinée aux lycéens, qu’il présente comme un outil de « dialogue » alors que les cours reprennent après une période de mobilisation. Baptisée Lycéens : vous avez la parole, cette plateforme est active depuis lundi et permet aux élèves de partager leurs difficultés dans les lycées et de proposer des améliorations pour mieux apprendre. En date de vendredi matin, elle avait reçu 67 000 contributions, un chiffre bien inférieur au total de deux millions de lycéens que compte la France. Cette initiative a été annoncée par le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, le 30 septembre, à la suite de dix jours de manifestations lycéennes ayant débuté dans un établissement de la banlieue parisienne. Geffray a reconnu que le gouvernement avait d’abord suscité le scepticisme, mais il a promis un « événement national de restitution » pour apporter des réponses structurées d’ici fin octobre. Il a également indiqué que les contributions des élèves serviraient à élaborer des propositions d’amendements au projet de loi de finances 2027. Pourtant, la plateforme n’a pas rencontré un large écho auprès des lycéens mobilisés. Leia Vignard, 16 ans, élève au lycée Jules-Guesde de Montpellier, estime que la plateforme « sert à dire "oui, on fait des choses" mais elle bloque le débat ». Elle se dit opposée aux appels au boycott, craignant que le gouvernement ne passe sous silence les préoccupations des élèves. Romane Oudom, 17 ans et étudiante en droit, critique le gouvernement pour ne proposer que des mesures sans coût, comme l’interdiction des téléphones portables ou la création d’une plateforme de discussion. Les lycéennes expriment, elles aussi, leur frustration face à l’absence d’actions concrètes. Hippolyte, élève de terminale et organisateur de blocages au lycée Arago, dans l’est de Paris, compare la plateforme de consultation aux cahiers de doléances utilisés pendant le mouvement des gilets jaunes. Il affirme que la plateforme « sera comme les cahiers de doléances des "gilets jaunes" » et prédit qu’elle « sera archivée et inutile ». Lors d’un rassemblement place de la Bastille à Paris, plusieurs lycéens ignoraient l’existence de la plateforme. D’autres, comme Meena du lycée Charlemagne à Paris, en avaient entendu parler mais ont choisi de ne pas y participer, estimant que le gouvernement l’avait mise en place pour apaiser les tensions et faire revenir les élèves en classe. Tim, 15 ans, élève au lycée Honoré-de-Balzac à Paris, déclare que la plateforme « sert à faire croire qu’ils font quelque chose ». Paul, élève de terminale au lycée Saint-Charles à Marseille, dénonce une plateforme « sans queue ni tête », soulignant que les questions posées par le gouvernement ignorent les revendications portées dans la rue depuis dix jours. Après la crise des gilets jaunes, les citoyens avaient pu s’exprimer dans des cahiers de doléances dans le cadre d’une vaste consultation. Cette consultation citoyenne, qui s’est tenue du 15 janvier au 15 mars 2019, avait été la réponse du président Emmanuel Macron aux protestations contre le coût de la vie, la réduction des services publics, les inégalités et les manquements démocratiques. En avril 2025, le gouvernement a décidé d’ouvrir ces archives au public, permettant aux personnes de les consulter sur place ou d’en demander des copies.