Les institutions mondiales peinent à suivre les nouveaux rapports de force, le minilatéralisme apparaissant plus rapide mais moins équitable. Le rôle de l'OMS révèle les risques de fragmentation
Les institutions de l'ONU face aux défis de l'adaptation
Les critiques soutiennent que le système des Nations unies, dont bon nombre d'institutions ont été créées après la Seconde Guerre mondiale, peine à suivre l'évolution des rapports de force du XXIe siècle. Les divisions entre États ralentissent souvent la prise de décision, et les organisations internationales se heurtent à des dynamiques de pouvoir politique qui limitent leur capacité d'action efficace.L'essor du minilatéralisme
Il en résulte que des formes de coopération plus restreintes, comme le G7 et le G20, ont vu le jour. Le G7, créé en 1975, est un forum informel qui réunit les dirigeants de sept grandes économies industrialisées et démocratiques, auxquelles l'Union européenne est associée. Le G20, formé en 1999, regroupe 19 pays et deux unions régionales, étendant la concertation aux principales économies émergentes.Efficacité des approches multilatérales et minilatérales
La santé mondiale constitue un cas d'étude pour examiner l'efficacité des approches multilatérales et minilatérales. Les recherches sur les biens publics mondiaux indiquent que les contributions des différents acteurs ne se combinent pas toujours de la même manière. Certains domaines exigent une coordination étroite, comme le contrôle du trafic aérien mondial, tandis que d'autres profitent d'efforts cumulatifs, comme l'atténuation du changement climatique.Le maillon faible de la coopération mondiale
La logique du « maillon faible » s'applique à certains biens communs, où le niveau de protection de tous dépend de la contribution du pays le moins en mesure d'agir. Dans le domaine de la surveillance des maladies infectieuses, la sécurité collective repose sur la capacité de chaque pays à détecter et à signaler les nouveaux agents pathogènes. Une défaillance locale peut avoir des conséquences mondiales, ce qui souligne la nécessité d'un multilatéralisme universel.Les conséquences du retrait américain de l'OMS
Le retrait des États-Unis de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) constitue un test concret des risques liés à la fragmentation des institutions internationales. La remise en cause des institutions internationales par l'administration Trump a favorisé les relations directes entre États et les accords bilatéraux, ce qui risque d'entraîner des normes sanitaires divergentes et des réseaux de coopération fragmentés.Réformer les institutions multilatérales
Ce sont la réforme plutôt que le renoncement qui sont préconisés pour les institutions multilatérales. Pour l'OMS, cela signifie préserver et renforcer les fonctions qui exigent une participation universelle, comme le Règlement sanitaire international (RSI). Le RSI oblige les États à développer des capacités de détection et de riposte et à notifier à l'OMS les événements revêtant une portée internationale.Concilier multilatéralisme et coalitions
Pour la France et l'Union européenne, le défi consiste à articuler multilatéralisme universel, régionalisme et coalitions restreintes. Les puissances intermédiaires disposent de moins de leviers pour contrer les grandes puissances dans un monde où les règles communes s'affaiblissent. L'Union européenne pourrait contribuer à préserver un ordre international fondé sur des règles et rassembler une coalition de pays partageant cet intérêt, malgré ses limites politiques, budgétaires et militaires.