Un rapport de 2025 révèle que l'armée française ne tiendrait que 3 à 4 jours dans un conflit de haute intensité, loin derrière la Russie, faute de munitions et d'une doctrine dépassée.
Les stocks militaires français trop faibles pour un conflit majeur
Un rapport parlementaire publié en 2025 soulève de sérieuses inquiétudes quant à la capacité de l'armée française à soutenir des opérations de combat lors d'un conflit de haute intensité. Il indique que les stocks de munitions actuels ne permettraient de tenir que trois à quatre jours de combats soutenus. C'est bien moins que la capacité de pays comme la Russie, qui peut endurer plusieurs semaines d'un tel conflit.Capacités d'artillerie limitées
Le rapport, dirigé par les députés Matthieu Bloch et Jean-Louis Thiériot, souligne que la France ne dispose que de 76 canons Caesar, alors qu'il en faudrait au moins 215 pour un conflit à grande échelle. Les rapporteurs recommandent de porter la période de référence pour la durée des stocks de deux à six mois afin de combler ce déficit stratégique.Munitions de l'armée de l'air également insuffisantes
Les stocks de munitions de l'armée de l'air française ne permettraient que trois jours de combats intenses, et les missiles Meteor, essentiels à la supériorité aérienne, ne tiendraient qu'une seule journée. En croisant l'ensemble de ces données, une fourchette de trois à quatre jours apparaît comme la plus réaliste pour un engagement de très haute intensité impliquant plusieurs composantes de l'armée française.Une évolution de la doctrine militaire
Le rapport attribue cette situation à une évolution de la doctrine militaire depuis la fin de la guerre froide. L'armée a été dimensionnée pour mener des opérations extérieures limitées, plutôt que pour soutenir un conflit de haute intensité contre une puissance militaire comparable. Les restructurations budgétaires ont contribué à la diminution des stocks, et le format actuel des forces reste calibré pour des missions ponctuelles plutôt que pour un affrontement prolongé.Un réapprovisionnement des stocks lent
La lenteur de reconstitution des stocks de munitions par l'industrie de défense française est également évoquée comme un facteur, les capacités de production actuelles étant jugées insuffisantes pour faire face à des hausses soudaines de la demande. Les rapporteurs notent que la France a longtemps raisonné en termes de flux, en achetant des munitions au fur et à mesure des besoins, plutôt qu'en termes de stock, ce qui impliquerait de constituer d'importantes réserves en prévision d'un conflit long et exigeant.Un contraste avec les capacités russes
La comparaison avec la Russie met en lumière toute l'ampleur du problème. L'économie de guerre russe lui permet de maintenir un flux considérable de production de munitions, suffisant pour approvisionner un front sur la durée. Ce contraste est particulièrement frappant, car la France consacre un budget de défense important sans être parvenue à constituer des réserves comparables.Une priorité donnée à la qualité plutôt qu'à la quantité
Le rapport suggère que différents choix stratégiques ont contribué à cet écart, les forces armées françaises ayant historiquement privilégié la qualité et la technologie à la quantité. Cette approche se justifie face à des adversaires asymétriques, mais montre ses limites dans les conflits de haute intensité, où le rythme de consommation des munitions peut atteindre des niveaux très élevés, comme on l'a observé sur le front ukrainien.Solutions proposées
Les rapporteurs proposent des pistes concrètes pour répondre à ce problème, notamment la révision de la période de référence utilisée pour calculer les niveaux de stocks nécessaires. Un rapport sénatorial plus récent rappelle cette proposition de porter cette période de deux à six mois, un changement d'échelle qui obligerait l'industrie de défense à produire et à stocker beaucoup plus de munitions qu'aujourd'hui.Progrès et défis à venir
Certains progrès sont déjà perceptibles dans certains segments, comme une amélioration progressive des obus de mortier, bien que celle-ci reste insuffisante. Ces avancées, encourageantes, ne suffisent pas encore à combler le large écart mis en évidence par les différents rapports. L'augmentation des cadences de production, la sécurisation des chaînes d'approvisionnement en matières premières et une remise en question profonde de la doctrine de stockage figurent parmi les chantiers prioritaires des prochaines années, afin que la puissance affichée de l'armée française corresponde à une véritable capacité d'endurance sur le champ de bataille.