Un paysage semblable à Mars entoure le lac du Salagou en France, où la terre rouge et les eaux turquoise créent une scène surréaliste. La géologie unique et le village abandonné ajoutent à son attrait.
Un paysage rouge inattendu près de Montpellier
À cinquante kilomètres à l'ouest de Montpellier, dans l'Hérault, un paysage qui semble emprunté à une autre planète s'étend autour d'un lac aux eaux turquoise. La terre rouge du Salagou n'a pas d'équivalent en France, et au cœur de ce décor minéral se trouve un village dont l'histoire est aussi singulière que la géologie.La couleur de la terre rouge du Salagou
Ce qui frappe en arrivant au bord du lac du Salagou, c'est d'abord la couleur. Pas le bleu de l'eau, qui est celui de n'importe quel lac, mais le rouge vin des berges, des chemins et des collines, qui contraste avec les eaux d'une manière difficile à décrire sans l'avoir vue. On parle de paysage martien, et l'image n'est pas aussi exagérée qu'il y paraît.L'origine de la terre rouge
Cette couleur provient d'une roche sédimentaire appelée ruffe, formée il y a environ 270 millions d'années, pendant la période permienne, alors que la région se trouvait au cœur du supercontinent Pangée, sous un climat tropical aride. Les argiles et les sables fins qui se sont déposés en épaisses couches dans ce bassin d'effondrement y sont restés, et leur richesse exceptionnelle en oxydes de fer leur donne aujourd'hui ce rouge que l'on ne retrouve nulle part ailleurs en France à cette échelle.La reconnaissance du site
Le site a été reconnu en mai 2024 avec l'attribution du label Grand Site de France, sous le nom de Salagou-Cirque de Mourèze, ce qui le place au même niveau que les gorges du Verdon ou la pointe du Raz.La création artificielle du lac
Le lac lui-même est une création humaine. Le barrage du Salagou a été mis en service en 1969 pour réguler les crues de l'Hérault et irriguer les terres agricoles de la région, dans le contexte d'une crise du marché viticole qui poussait les agriculteurs locaux à diversifier leurs cultures. La retenue s'étend aujourd'hui sur environ 700 hectares, et son niveau varie fortement selon les saisons, ce qui fait partie de son caractère.Le village abandonné au bord du lac
Ce que beaucoup de visiteurs ignorent, c'est que la construction du lac a nécessité l'expropriation de plusieurs hameaux. Le village de Celles, situé sur la rive orientale, devait être entièrement submergé. Ses quelque 80 habitants ont été expropriés et relogés. Cependant, le projet n'a jamais été pleinement réalisé : le lac s'est arrêté à un niveau légèrement inférieur à celui prévu, laissant Celles hors de l'eau, à l'abandon. Les habitants avaient pourtant quitté les lieux pour rien.La renaissance du village
C'est la particularité la plus remarquable du site. Celles est un village médiéval de pierre volcanique noire qui a passé des décennies en ruines, squatté et vandalisé, avant qu'une poignée de familles attachées à leur histoire ne se battent pour le faire revivre. En 2010, le département de l'Hérault a cédé l'ensemble du village à la commune pour un euro symbolique, et depuis, la réhabilitation progresse lentement mais réellement.Les particularités architecturales
Depuis le point de vue du village, les murs construits avec plusieurs types de roches locales créent un remarquable effet polychrome : ruffes rouges, basalte volcanique noir, calcaire blanchâtre. C'est ce mélange, visible dans les murs et les façades, qui a valu au site le nom de « point de vue aux murs polychromes ».La randonnée dans la région
La randonnée reste le meilleur moyen de découvrir l'ensemble du secteur. Le mont Liausson, qui culmine à 535 mètres, offre depuis son sommet un panorama complet sur le lac, les ruffes et le cirque de Mourèze, situé à quelques kilomètres, dont les dolomies blanches forment un contraste supplémentaire avec le rouge environnant. Le tour du lac à pied (environ 27 km) ou à VTT est l'itinéraire de référence, mais de nombreuses petites boucles permettent d'approcher le site en quelques heures depuis les parkings de Clermont-l'Hérault ou du côté de Vailhés de Celles.Une lumière singulière en automne
Hors saison, la lumière basse du mois d'octobre tombe directement sur les ruffes en fin d'après-midi et les enveloppe d'une intensité qu'aucune photo estivale ne parvient vraiment à saisir.Se rendre au Salagou
Depuis Toulouse, le Salagou se situe à environ 200 kilomètres par l'A9 et l'A75, soit un peu moins de deux heures de voiture. C'est le genre de destination dont on parle au retour, en se demandant généralement pourquoi on a attendu si longtemps.