Trois tunnels dans une même colline

Sur la colline d'Ensérune, dans le département de l'Hérault, trois tunnels creusés à des époques différentes se superposent dans une même roche tendre : un tunnel médiéval qui assèche l'étang de Montady, le tunnel du Canal du Midi et un tunnel ferroviaire du XIXe siècle. Le plus ancien remonte au XIIIe siècle.

Des tunnels à différentes profondeurs

Selon l'itinéraire cyclable Canal des 2 Mers, le tunnel du Canal du Midi passe à 10 mètres sous la surface, le tunnel ferroviaire à environ 20 mètres de profondeur, et la galerie d'assèchement de l'étang de Montady complète la superposition à 30 mètres. Les tunnels se croisent plutôt que de courir en parallèle, selon la fiche d'information de La Domitienne.

Une ingénierie médiévale

Le tunnel médiéval, le plus profond, remonte au XIIIe siècle et assèche l'étang de Montady. Le tunnel du Canal du Midi a été creusé entre 1679 et 1680 et mesure 173 mètres de long selon certaines sources, tandis qu'une source anglaise indique 165 mètres.

Un dispositif agricole

L'étang de Montady a été asséché au XIIIe siècle, selon l'office de tourisme de La Domitienne. Le principe repose sur des fossés rayonnants, tracés depuis un point central jusqu'aux extrémités de la zone à drainer. L'eau converge vers ce centre, puis s'écoule par seize puits verticaux espacés d'environ 84 mètres, jusqu'à atteindre une galerie souterraine qui traverse la colline de Malpas et passe sous le tunnel du Canal du Midi.

Le défi de Riquet

Lorsque Pierre-Paul Riquet arrive sur le site, la colline abrite déjà un tunnel vieux de plusieurs siècles. Cet ouvrage médiéval a peut-être même inspiré l'ingénieur, selon la documentation en anglais sur Malpas. Son chantier commence en fait par un forage expérimental au-dessus de la galerie de drainage de Montady, avant le creusement du lit du canal.

Une ingénierie contre toute attente

Riquet creuse le Malpas malgré les objections. En 1679, il décide de percer la colline d'Ensérune plutôt que de la contourner. Des sources touristiques locales ajoutent que Colbert désapprouvait ce projet, mais que Riquet est passé outre. La roche pose un obstacle : après quelques mètres de roche dure, les ouvriers rencontrent un grès très friable, sujet aux glissements.

Un tunnel qui porte un nom

L'office de tourisme parle d'un tuf friable, dans lequel Riquet décide de percer malgré des avis divergents. Le nom du lieu, Malpas, vient de l'occitan et signifie « mauvais passage ». Le tunnel est néanmoins creusé en un temps record. Il mesure 173 mètres de long, présente une hauteur de voûte de 8,50 mètres, et 30 arches de pierre le soutiennent.

Un ajout moderne

Au XIXe siècle, un troisième tunnel traverse la colline sous le canal pour accueillir la ligne Béziers-Narbonne. Creusé dans le tuf, il croise en profondeur le fossé médiéval en contrebas et le Canal du Midi au-dessus, selon le dossier des tunnels ferroviaires du Massif central.

Une histoire superposée

Le plus frappant tient à l'économie des lieux : trois ouvrages séparés de plusieurs siècles ont choisi le même versant. Les trois structures coexistent encore, chacune à son niveau. Sur place, la Maison du Malpas, située à proximité, propose des visites guidées et des expositions.

Préserver le passé

Une promenade en bateau permet également de découvrir l'ouvrage, et un chemin de halage a été aménagé sur l'une des berges pour les piétons et les cyclistes. Une description de randonnée mentionne un itinéraire protégé qui suit l'eau à l'intérieur du tunnel, un point à vérifier avant de partir. L'oppidum d'Ensérune, tout proche, compte plus de 300 silos à grains et des réserves d'eau creusés dans la roche très tendre.

Une route à travers le temps

Au-dessus des trois tunnels, le col lui-même était franchi par la Via Domitia, la voie romaine. L'ensemble comprend donc un quatrième niveau de circulation, cette fois à ciel ouvert, et il est antérieur aux trois tunnels.