La situation économique en Île-de-France affiche des résultats contrastés, selon un rapport publié fin août par Infogreffe et le Medef Île-de-France. Dans les Hauts-de-Seine, une région réputée pour ses services haut de gamme, le nombre de procédures collectives – des processus juridiques liés à l’insolvabilité des entreprises – a augmenté de 50 %. À l’inverse, la Seine-Saint-Denis a enregistré une baisse de 14,1 % des « radiations », un terme désignant la fermeture ou la radiation des entreprises. Des diminutions similaires ont été observées dans le Val-de-Marne et les Yvelines. Pourtant, la tendance globale pour l’Île-de-France montre une hausse des radiations, avec +19 % au premier semestre, +68 % à Paris et +52 % dans le Val-d’Oise. Malgré cela, la Seine-Saint-Denis conserve un solde positif, avec davantage de créations d’entreprises que de fermetures et un léger excédent dans le transfert de sièges sociaux. Cet indicateur doit toutefois être interprété avec prudence. Pour comprendre ces statistiques, il est essentiel de clarifier ce qui est mesuré. Une « radiation » ne signifie pas nécessairement une faillite : elle inclut les fermetures volontaires et la radiation d’entreprises. L’insolvabilité, en revanche, est un phénomène plus complexe. Si le nombre de procédures collectives est resté presque stable, les restructurations judiciaires – des mécanismes juridiques visant à aider les entreprises à se réorganiser – sont en hausse. Le secteur de la construction, particulièrement vulnérable, a perdu 1,9 % de ses emplois salariés au premier trimestre, selon la CCI Paris Île-de-France. Altares, un observatoire économique, a souligné que la Seine-Saint-Denis figurait parmi les départements ayant contribué à l’augmentation des insolvabilités régionales au deuxième trimestre. La CCI, s’appuyant sur les données de la Banque de France, a relevé une baisse de 4,2 % des insolvabilités au premier trimestre. Malgré ces défis, la région fait preuve d’une certaine résistance, non pas signe d’amélioration, mais plutôt d’un ralentissement du déclin. C’est déjà un développement notable dans un contexte économique où les entreprises se maintiennent dans une forme de « précarité ». Les raisons de cette résilience ne sont pas totalement claires. Une explication réside dans la nature du tissu économique local. L’Île-de-France est depuis longtemps une région où de nombreuses entreprises se créent, souvent dans des conditions difficiles. Ces jeunes pousses reposent fréquemment sur le modèle de la micro-entreprise et s’inscrivent dans un contexte de chômage élevé, à 11,1 %, le plus élevé de la région. Les entrepreneurs y sont habitués à l’instabilité et ont déjà traversé plusieurs vagues de fermetures. Un autre facteur est le soutien institutionnel. Au tribunal de commerce de Bobigny, les mesures préventives deviennent plus efficaces. Au premier semestre, 389 dossiers ont été ouverts, soit une hausse de 31 %, dont 370 à la suite d’une convocation du dirigeant d’entreprise. Les avertissements de paiement, signe précoce de difficultés de trésorerie, ont diminué de 38 %. Une détection précoce permet souvent d’éviter les pires scénarios. Cela crée un paradoxe : les zones traditionnellement perçues comme solides découvrent aujourd’hui la crise, tandis que celles considérées comme fragiles la gèrent mieux. À l’ouest, les secteurs de la construction, de la restauration et des services spécialisés peinent dans les Hauts-de-Seine. À l’est, la Seine-Saint-Denis n’a jamais connu le confort qui peut mener à la vulnérabilité. Ses entreprises sont plus petites et habituées à fonctionner au jour le jour, sans réserves financières mais aussi sans attentes irréalistes. Lorsque la fragilité devient une condition chronique, elle peut finir par engendrer une forme de résilience. Peut-on y voir le premier effet positif des Jeux Olympiques et du Grand Paris Express ? Il est encore trop tôt pour l’affirmer. Si le département a effectivement changé, avec des zones comme Saint-Ouen ou Pantin qui affichent de nouveaux développements, l’emploi salarié a tout de même reculé de 0,2 % au premier trimestre, contrairement à la tendance régionale. La vraie question est de savoir si la résilience des petites entreprises peut se transformer en une stratégie de développement, ou si, à un moment donné, il faudra cesser de freiner pour enfin avancer.