Selon la note sur la situation économique publiée fin septembre par l’Insee, l’économie d’Île-de-France continue de perdre de sa vigueur, le volume d’heures rémunérées reculant de 0,7 % sur un an, soit le septième trimestre consécutif de baisse. L’emploi salarié stagne, tandis que le chômage atteint 8,2 % de la population active, son plus haut niveau depuis la crise sanitaire. La région dépasse désormais la moyenne de la France métropolitaine. Dans ce contexte, quelques secteurs résistent, l’industrie étant la plus surprenante. Son emploi salarié progresse de 0,2 %, comme au trimestre précédent, et, hors secteur automobile, les heures rémunérées augmentent de 0,5 %. Le chiffre reste modeste, mais il va à contre-courant. Le tertiaire, en revanche, reste atenu, les services marchands concentrant les trois quarts des heures rémunérées de la région mais enregistrant un sixième trimestre consécutif de repli. L’information et la communication, vitrine de la modernité parisienne, continuent de supprimer des emplois, et l’hébergement voit ses heures diminuer avec le déclin de la clientèle étrangère. Paris intra-muros suit la même tendance, le chômage parisien restant le plus bas de la région à 6,6 %, bien qu’en hausse. La résistance de l’industrie n’est pas un miracle, mais tient à la nature de son tissu. L’industrie représente 7 % de l’emploi salarié en Île-de-France contre 12 % au niveau national, mais génère 18 % de la valeur ajoutée industrielle du pays. Ce qui reste rapporte : aérospatial, énergie, électronique, recherche et sièges sociaux. La désindustrialisation a opéré une sélection et ne laisse que les activités les moins délocalisables. Le trimestre le confirme, avec les heures rémunérées dans la production d’équipements de transport hors automobile qui bondissent de 3,6 %, l’électronique progressant de 3 %, et la production d’électricité également en hausse, portées par la multiplication des centres de données. L’Insee recense 2 320 créations d’emplois dans l’industrie au trimestre, un chiffre en baisse après un début d’année proche du record, mais qui reste élevé. Cependant, deux tiers de ces créations concernent des micro-entreprises. Les défaillances diminuent légèrement sur le trimestre et restent stables sur un an. L’industrie automobile fait exception, prise en étau entre les normes européennes strictes, des prix élevés et une concurrence mondiale acharnée, et poursuit sa restructuration. Billancourt n’assemble plus de voitures depuis 1992, et la région continue de payer l’héritage de cette industrie. Une question persiste : une industrie aussi concentrée peut-elle amortir durablement les chocs ? Sa spécialisation est à la fois sa force et sa faiblesse. Un retournement du cycle aérospatial ou un ralentissement des investissements numériques suffirait à gripper le mécanisme. La résilience d’une niche n’est pas celle d’un écosystème. Paris a conservé le meilleur de son industrie. Peut-être n’a-t-il pas conservé assez.