Au premier trimestre 2026, le département de l’Essonne a affiché une performance économique plus résiliente que d’autres zones de la région Île-de-France. Selon un rapport de la CCI Essonne et de Crocis, les défaillances d’entreprises dans le département ont reculé de 13,2 % sur un an, alors que la région dans son ensemble enregistrait une hausse de 7,6 %. Parallèlement, l’emploi industriel en Essonne a progressé de 0,4 % en un seul trimestre, un chiffre notable alors que le taux de chômage régional s’élevait à 7,9 %. Deux secteurs principaux tirent cette résilience économique : l’aérospatial et la technologie. L’industrie aérospatiale y est particulièrement dynamique, avec Safran Aircraft Engines qui exploite un vaste site à Évry-Corbeil, couvrant 88 000 mètres carrés d’ateliers et abritant plus de 580 machines-outils. De plus, le plateau de Saclay constitue un pôle clé d’innovation technologique, accueillant des institutions majeures comme le CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique), le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), l’université locale et les centres de R&D de grandes entreprises. Ces atouts contribuent à créer un environnement régional favorable à ces industries. À l’inverse, l’industrie automobile en Île-de-France traverse une phase de déclin. L’Insee, l’institut national de la statistique français, a enregistré une baisse de 5,2 % des heures rémunérées dans ce secteur au début de l’année 2026. L’Essonne, en revanche, n’a pas été aussi dépendante de l’automobile. En 2023, elle ne comptait que 5 640 emplois dans ce secteur, contre 30 300 dans les Yvelines voisins. Entre 2010 et 2023, l’emploi dans la fabrication automobile en Essonne a chuté de 22 %, un recul bien inférieur à la moyenne régionale de 41 %. Ce moindre ancrage dans l’automobile a paradoxalement protégé l’économie essonnienne. Malgré cette solidité actuelle, l’Essonne doit relever des défis pour pérenniser sa croissance. L’activité de construction dans le département a reculé, avec une baisse de 32,8 % des surfaces autorisées pour des locaux professionnels au premier trimestre 2026, contre une hausse de 54,4 % au niveau régional. Si l’Essonne maintient ses emplois, elle n’élargit pas autant son assise industrielle que d’autres territoires. Par exemple, Safran, qui installe un nouveau site de production pour des pièces du moteur M88 de l’avion Rafale, investit à Creusot plutôt qu’en Essonne. Ce choix illustre une tendance plus large : l’expertise et l’innovation restent ancrées en Essonne, mais les nouvelles capacités de production s’implantent de plus en plus ailleurs. Le département pourrait ainsi évoluer vers un rôle de pôle de recherche et développement plutôt que de production de masse, un virage qui interroge sur sa durabilité économique à long terme.