Les exportations de pétrole du Golfe ont dépassé les niveaux d'avant-guerre malgré les conflits en cours, de nouvelles routes maritimes et des risques élevés redessinant le marché.
Les exportations de pétrole dépassent les niveaux d'avant-guerre
Les exportations de pétrole du Golfe ont dépassé leurs niveaux d'avant-guerre malgré les conflits en cours et les attaques dans le détroit d'Ormuz, selon les données de la société de suivi énergétique Kpler, rapportées par le Wall Street Journal. Pendant la semaine se terminant le 18 octobre, les exportations de pétrole de la région ont dépassé 24 millions de barils par jour, contre 23,3 millions avant la guerre, en février.Les exportations rebondissent après un fort recul
À la mi-mars, les exportations s'étaient effondrées à 9,71 millions de barils par jour, soit une baisse de 61 %, mais elles ont depuis été multipliées par près de 2,5. Les exportations de pétrole brut des pays non iraniens avaient chuté de 72 % en dix jours après le début du conflit, pour tomber à 4,5 millions de barils par jour au début de mars, mais elles étaient remontées à 16,5 millions en septembre, retrouvant ainsi leurs niveaux d'avant-guerre.Des itinéraires alternatifs contournent Ormuz
Malgré les attaques en cours dans le détroit d'Ormuz, les flux de pétrole dans la région n'ont pas entièrement retrouvé leurs niveaux d'avant-guerre : seuls 14 millions de barils par jour transitent par le détroit, soit 82 % du niveau d'avant-guerre. Cependant, les pays producteurs ont davantage recours aux infrastructures permettant d'exporter le pétrole sans traverser le détroit d'Ormuz.Les infrastructures permettent de contourner le détroit
Par exemple, l'Arabie saoudite dispose d'un pipeline reliant ses principaux champs pétrolifères à la mer Rouge, et les Émirats arabes unis peuvent acheminer une partie de leur production vers le terminal de Fujaïrah, sur le golfe d'Oman. Selon Kpler, 40 % des exportations de pétrole brut non iranien de la région contournent désormais Ormuz en septembre, contre seulement 17 % avant le conflit. Les expéditions de pétrole saoudien en mer Rouge sont passées de 750 000 à 4,3 millions de barils par jour avant la guerre, tandis que celles effectuées depuis Fujaïrah sont passées de 1,1 à 2,7 millions de barils par jour.Certains pays dépendent encore d'Ormuz
Le Koweït, le Qatar et la majeure partie de l'Irak, qui ne disposent pas de telles infrastructures, restent dépendants du détroit d'Ormuz. Pour continuer à exporter du pétrole par le détroit, les transporteurs ont mis en place un système de navettes afin de réduire leur exposition aux attaques. Au lieu d'effectuer de longs trajets entre les ports du golfe Persique et les raffineries asiatiques, certains super-pétroliers se concentrent désormais sur des rotations beaucoup plus courtes.Le système de navettes réduit les risques
Ils entrent dans le Golfe, chargent leur cargaison, puis franchissent le détroit d'Ormuz, en désactivant souvent leur système de localisation. Une fois arrivés dans les eaux au large d'Oman, ils transfèrent leur pétrole vers un autre navire, chargé de le livrer à sa destination finale. Ce système permet d'effectuer plusieurs rotations tout en limitant le nombre de navires exposés aux dangers du détroit. Plus de 70 % du pétrole brut ayant franchi Ormuz en août ont été transférés vers un autre pétrolier au large de Fujaïrah ou d'Oman, estime Kpler. Au moins 63 super-pétroliers sont mobilisés dans ce système de navettes, avec des rotations d'environ 16 jours.Les risques restent élevés malgré les précautions
Ces manœuvres ne sont pas sans danger. Au début du mois d'octobre, un pétrolier transportant deux millions de barils a été touché par un projectile tiré depuis une petite embarcation. L'attaque a percé un réservoir d'eau douce. Selon un membre d'équipage interrogé par le Wall Street Journal, les marins avaient reçu des casques et des gilets pare-balles avant leur deuxième traversée. Ces navettes bénéficient de la couverture aérienne américaine le long d'un corridor proche de la côte omanaise.La protection ne supprime pas le danger
Cette protection n'est toutefois pas suffisante pour empêcher toutes les attaques : au moins 30 incidents visant des navires ont été recensés depuis le début du mois d'octobre, selon le quotidien américain. Si les armateurs prennent de tels risques, c'est parce que les profits potentiels sont devenus considérables.Les marges bénéficiaires incitent à prendre des risques
Selon Homayoun Falakshahi, responsable de l'analyse du pétrole brut chez Kpler, les négociants peuvent désormais réaliser une marge supplémentaire d'environ 20 dollars par baril lors de la revente de pétrole irakien, par rapport à la situation d'avant-guerre. Pour un super-pétrolier transportant deux millions de barils, cela représente une marge supplémentaire de 40 millions de dollars sur une seule cargaison, avant déduction des coûts associés.Des gains élevés attirent de nouveaux équipages
Ces profits profitent aux équipages, dont les salaires ont fortement augmenté ces derniers mois. Certains marins se voient proposer des primes équivalant à deux ou trois fois leur salaire mensuel habituel pour accepter de traverser le détroit. Une société chinoise de recrutement maritime a même proposé jusqu'à 25 000 dollars pour un aller-retour d'une à deux semaines. Certains capitaines gagnent même des salaires atteignant 100 000 dollars par mois.De nouveaux navires rejoignent le trafic
Ces perspectives de profit ont attiré de nouveaux navires dans la région, notamment d'anciens pétroliers qui transportaient auparavant du brut russe ou vénézuélien. Toutefois, malgré la hausse des exportations de pétrole, les prix du brut restent extrêmement élevés : le Brent se négocie autour de 108 dollars le baril, contre 72 dollars durant la dernière semaine de février, avant la guerre.Des prix élevés qui reflètent les risques du transport
La première explication est que les marchés ne réagissent pas seulement à la quantité de pétrole disponible aujourd'hui, mais aussi au risque de pénurie demain. Une intensification des attaques iraniennes, la destruction d'un terminal pétrolier ou une interruption des protections américaines pourraient provoquer de nouvelles perturbations. Cependant, surtout, si le pétrole continue de circuler, c'est au prix de coûts de transport devenus exorbitants.Le fret atteint des niveaux records
Selon Kpler, le coût du fret pour transporter le pétrole brut du Golfe vers la Chine à bord d'un super-pétrolier a atteint 37,37 dollars par baril cette semaine, un niveau proche des records, soit 25 % du prix d'un baril contre 5 % en temps normal. Ainsi, pour une cargaison de deux millions de barils, cela représente près de 75 millions de dollars de coûts de transport.Les coûts d'assurance augmentent également fortement
Les assurances ont elles aussi explosé. Selon la société de renseignement maritime Windward, les primes d'assurance contre les risques de guerre peuvent désormais atteindre 10 % de la valeur d'un navire, contre moins de 3 % auparavant. Pour un pétrolier valorisé à 100 millions de dollars, une prime de 10 % représenterait à elle seule 10 millions de dollars. Cette hausse des coûts touche même des routes maritimes éloignées du conflit.Les taux de fret mondiaux grimpent
Les navires mobilisés dans le Golfe ne sont plus disponibles pour transporter du pétrole ailleurs dans le monde, ce qui contribue à faire monter les taux de fret internationaux. Selon une analyse de Reuters publiée le 19 octobre, le coût du fret peut désormais représenter jusqu'à 30 % du prix du pétrole brut livré aux raffineries asiatiques, contre seulement 3 à 7 % en temps normal.Des raffineries toujours sous pression
Une autre difficulté tient au fait que le retour du pétrole brut sur les marchés internationaux ne signifie pas que les quantités de carburants, essence et diesel, disponibles soient revenues à leurs niveaux d'avant-guerre. Le pétrole est disponible, mais il doit encore être transformé en carburant. Or, plusieurs raffineries du Moyen-Orient ont été endommagées depuis le début du conflit.La capacité de raffinage reste en retrait
Selon Kpler, le volume de pétrole traité par les raffineries de la région est tombé à 7,3 millions de barils par jour en août, contre 9,9 millions en février. La société estime qu'un retour aux capacités de raffinage d'avant-guerre semble peu probable avant le deuxième trimestre 2027. À ces difficultés s'ajoutent les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes, qui perturbent également l'approvisionnement mondial en carburants.Baisse des exportations de carburant russe
Ces attaques ont déjà entraîné une baisse de 10 % de la production des raffineries russes. La situation reste tendue, les exportations russes de diesel ayant reculé de 41 % en glissement annuel en 2026, pour s'établir à environ 345 000 barils par jour.