Niels Weber, psychologue et expert du jeu vidéo, explore la relation complexe entre écrans, santé mentale et dynamiques familiales, et remet en question les préjugés sur les jeux vidéo et l'usage du numérique.
Enfance et influence des médias
Niels Weber a grandi dans les années 1980, une génération façonnée par la télévision, principal divertissement de l'époque. L'intérêt de son père pour l'informatique l'a initié aux jeux vidéo, à commencer par un Commodore 64. Sa famille s'est intéressée à ses passions vidéoludiques, en fixant des limites et en discutant des choix de jeux. Ces premières expériences et cette implication ont façonné sa vision des jeux vidéo, à la fois comme outil social et éducatif.Parcours universitaire et jeux vidéo
Weber a étudié la psychologie et a constaté, au début de sa carrière, le peu de travaux universitaires consacrés aux jeux vidéo. Ce manque l'a poussé à en faire le sujet de sa thèse, en remettant en cause les idées reçues qui associaient les jeux vidéo à la violence ou à l'addiction. Ses expériences personnelles et ses observations ont contribué à forger ses positions professionnelles sur le rôle du jeu dans le développement des jeunes.Thérapie familiale et technologie
En tant que thérapeute familial, Weber établit un lien entre l'usage des jeux vidéo et les dynamiques familiales. Il observe que la technologie ne cesse de poser de nouveaux défis, comme les réseaux sociaux ou l'intelligence artificielle, mais que les problématiques de fond restent souvent la régulation émotionnelle, l'autonomie et le respect des limites. Il insiste sur le fait que les écrans ne sont pas problématiques en eux-mêmes, mais qu'ils reflètent des préoccupations interpersonnelles et psychologiques plus profondes.Semper Ludo et le « slow gaming »
Weber a fondé le site Semper Ludo afin de promouvoir un rapport réfléchi aux jeux vidéo. Il encourage le « slow gaming », qui consiste à attendre avant d'acheter un jeu et à explorer des titres plus anciens qui se sont bonifiés avec le temps. Cette approche permet d'échapper à la pression des tendances et favorise une relation plus réfléchie au jeu.Gaming Federation et action culturelle
La Gaming Federation, une organisation à laquelle Weber est associé, promeut la culture du jeu vidéo en Suisse. Elle organise des événements comme « Gamer à cœur », une semaine de streaming caritatif soutenant des initiatives en faveur de la santé mentale. Le groupe cherche à combler le fossé entre joueurs et non-joueurs, et touche souvent des publics dans des lieux inattendus, comme les bibliothèques et les expositions d'art.Un livre pour les adolescents et les parents
Le livre de Weber, Les écrans, je gère, s'adresse aux adolescents de 11 à 16 ans. Il explique le fonctionnement des jeux vidéo et des réseaux sociaux. Il propose des conseils pratiques pour gérer le temps passé devant les écrans et encourage le dialogue entre parents et enfants. L'ouvrage vise à donner aux jeunes les moyens d'agir et à aider les parents à affronter ensemble les défis du numérique.Distinguer addiction et usage problématique
Weber établit une distinction entre la dépendance à une substance et l'addiction comportementale. Il constate que les problèmes liés aux écrans sont souvent mal compris et simplifiés à l'excès. Si certaines personnes peuvent se reposer fortement sur le jeu pendant des périodes difficiles, cela ne signifie pas forcément qu'elles sont dépendantes. Les difficultés sous-jacentes sont souvent de nature émotionnelle ou psychologique, et non uniquement liées à l'usage des écrans.Les jeux vidéo en thérapie
Weber intègre les jeux vidéo à son travail thérapeutique, en faisant parfois jouer ensemble des familles afin de favoriser la communication. Cette approche aide les parents à mieux comprendre les difficultés de leurs enfants et encourage un dialogue ouvert. Elle permet aussi aux participants d'explorer leur vécu dans un contexte différent de leur environnement familier.Conception des jeux et limites parentales
Weber reconnaît le rôle de la conception des jeux dans la capture de l'attention, mais il déconseille de blâmer les parents comme les enfants. Il souligne l'importance de fixer des limites, même pour des jeux très captivants, et de reconnaître l'influence du marketing et des mécanismes algorithmiques. Les adultes eux-mêmes ont du mal à se détacher de leurs appareils.Usage conscient des écrans et autorégulation
Weber encourage chacun à réfléchir à son usage des écrans, en repérant les moments où l'on prend son téléphone par habitude plutôt que par nécessité. Il suggère que le recours fréquent aux écrans peut révéler des problèmes sous-jacents qui méritent d'être pris en compte. L'enjeu est de traiter ces problèmes plutôt que de blâmer la technologie elle-même.Un usage adapté à l'âge
Inspiré par la méthode 3-6-9-12, Weber préconise d'adapter le temps d'écran à l'âge de l'enfant, à l'image des recommandations nutritionnelles. Il souligne que les écrans en eux-mêmes ne retardent pas le développement, mais que leur usage exclusif peut le faire. Partager des activités sur écran avec les enfants peut renforcer le lien et favoriser leur développement.Usage des écrans dans les lieux publics
Weber critique le recours aux écrans pour gérer le comportement des enfants dans les lieux publics, comme les restaurants. Il suggère que cette pratique peut répondre aux besoins des adultes plutôt qu'à ceux de l'enfant, et qu'elle peut empêcher ce dernier d'entrer en relation avec son environnement. Il encourage les parents à envisager d'autres moyens de gérer le comportement de leurs enfants sans recourir aux écrans.Montres connectées et rassurance parentale
Weber recommande la prudence avec les montres connectées pour enfants, car elles peuvent créer un faux sentiment de sécurité et freiner le développement de l'autonomie. Il souligne l'importance de donner aux enfants la possibilité de résoudre seuls leurs problèmes, ainsi que la nécessité, pour la société, de mieux soutenir les parents en matière de garde d'enfants et d'activités extrascolaires.Santé mentale et pandémie
Weber observe une hausse des problèmes de santé mentale chez les jeunes depuis la pandémie. Il estime que cela peut s'expliquer par une meilleure prise de conscience et une plus grande liberté de parole sur la santé mentale, plutôt que par une dégradation des conditions. Il insiste sur la nécessité de traiter les problèmes systémiques plutôt que d'accuser uniquement les réseaux sociaux des difficultés de santé mentale.Régulation et éducation aux médias
Weber propose une approche en trois volets pour répondre aux défis du numérique : réguler les plateformes, améliorer l'éducation aux médias et encourager la prise de conscience individuelle. Il soutient que l'accent doit être mis sur la santé mentale plutôt que sur l'interdiction de fonctionnalités spécifiques, comme les loot boxes ou les microtransactions.Pratique personnelle et conseils professionnels
Weber joue à divers jeux vidéo, dont Marvel's Wolverine et Orbitals, et il a un avis sur des titres à venir comme Fable. Il encourage les parents et les jeunes adultes à demander de l'aide sans culpabiliser, rappelant que leurs inquiétudes sont légitimes, mais qu'elles ne sont la faute ni de la technologie ni des parents.