Une équipe de recherche de la région Hauts-de-France étudie si les chauves-souris pourraient permettre de réduire l’usage des pesticides chimiques en agriculture. Ce projet, baptisé TransAgroBat, est dirigé par Diane Zarzoso-Lacoste, enseignante-chercheuse en écologie. Il se concentre sur quatre espèces de chauves-souris et leur consommation d’insectes nuisibles dans les zones agricoles des Hauts-de-France, ainsi que dans les régions wallonne et flamande de Belgique. L’équipe collecte et analyse des guanos – excréments de chauves-souris – sur 30 sites de la région, dont le lycée agricole Le Paraclet à Amiens, entouré de 120 hectares de terres cultivées. L’objectif de l’étude est d’utiliser l’analyse génétique pour identifier les types d’insectes nuisibles consommés par les chauves-souris, la fréquence de leur consommation et leur exposition aux polluants d’origine humaine. Ces données permettront de déterminer quels paysages sont les plus favorables aux chauves-souris et lesquels présentent davantage de risques. L’équipe a déjà mené deux périodes de collecte, l’une de mi-juillet à fin août, et prévoit d’analyser les échantillons au laboratoire Écologie et dynamique des systèmes anthropisés (Edysan), affilié au CNRS et à l’Université de Picardie Jules Verne. Les premiers résultats suggèrent que les chauves-souris étudiées consomment un nombre important de ravageurs agricoles et forestiers. Par exemple, la petite chauve-souris rhinolophe a ingéré 23 des 29 espèces de ravageurs identifiées dans les échantillons de guano analysés. L’étude révèle également que les ravageurs agricoles étaient fréquents dans leur régime alimentaire : 74 % des crottes de pipistrelles et 65 % de celles des chauves-souris à moustaches contenaient des ravageurs agricoles. L’objectif à long terme du projet TransAgroBat est de réduire l’usage des pesticides dans les terres agricoles en mettant en avant les services naturels de lutte antiparasitaire rendus par les chauves-souris. Cela pourrait aussi contribuer à freiner le déclin de plusieurs espèces de chauves-souris. Par exemple, la chauve-souris à moustaches a perdu plus de 20 % de sa population entre 2014 et 2023, tandis que la pipistrelle commune a vu ses effectifs diminuer de près d’un quart sur la même période. Parmi les facteurs expliquant ce déclin figurent la perte d’habitat due aux activités humaines, comme la suppression des haies servant de corridors et de zones de chasse pour les chauves-souris, ainsi que l’usage d’insecticides réduisant leurs ressources alimentaires. L’expansion urbaine et les rénovations énergétiques des bâtiments négligent souvent les besoins de ces mammifères volants, entraînant la disparition de leurs abris. La pollution lumineuse, les infrastructures de transport et les parcs éoliens augmentent aussi le risque de collisions en vol pour les chauves-souris. La France métropolitaine compte 36 espèces de chauves-souris, dont 22 présentes dans les Hauts-de-France. Ces espèces sont protégées par la loi, et favoriser des colonies saines dans les zones agricoles pourrait aider à limiter les dégâts causés par des nuisibles comme Drosophila suzukii, une mouche asiatique invasive menaçant les petits fruits tels que les cerises et les fraises. Cela pourrait, à terme, conduire à une diminution de l’usage d’insecticides dans la région.