L'opéra revient à Séville après deux décennies

Roméo et Juliette de Charles Gounod revient sur la scène sévillane après vingt ans d'absence, dans une nouvelle coproduction du Teatro dell'Opera di Roma et du Teatro de la Maestranza, mise en scène par Lucas De Fusco et dirigée par Sasha Yankevych.

Cadre et thèmes de la production

L'opéra explore le conflit entre la jeunesse et l'âge adulte, l'insouciance et la maturité, à travers des générations contraintes par les conventions sociales, conduisant à la tragédie. La production situe l'action en Italie, dans les années 1940, sous le fascisme, avec une allusion à la République de Salò, dernier bastion de Mussolini dont faisait partie Vérone.

Décor et éléments visuels

Le décor, décrit comme sombre et minimaliste, comprend quelques scènes esquissées de manière vague, accompagnées d'accessoires précis : une salle de bal dans un palais en carton pour la rencontre des deux amants ; une nuit étoilée avec un balcon métallique pour la première déclaration d'amour ; une scène vide avec quelques sacs de sable en guise de prie-Dieu pour le mariage ; un drap flottant dans les airs pour la nuit d'amour et un coffre métallique pour le tombeau.

Costumes et éclairages

Les costumes contemporains, conçus par Marta Crisolini Malatesta, sont dans des nuances de gris et de noir, à l'exception de la robe rouge flamboyante de Juliette et du costume bleu ciel de Roméo. L'atmosphère est globalement sombre, fidèle à la progression dramatique, et magnifiée par le bel éclairage contrasté de Gigi Saccomandi.

Vidéo et chorégraphie

La vidéo bien conçue d'Alessandro Papa apporte un complément bienvenu à la pauvreté du décor. La chorégraphie d'Alessandra Panzavolta est particulièrement efficace pendant le rêve de Juliette, et la direction d'acteurs est sans faille, notamment dans les mouvements de foule (le chœur) et les scènes de combat.

Dramaturgie et duos d'amour

La dramaturgie se concentre sur les deux amants, avec quatre duos d'amour (la rencontre, la passion, l'accomplissement du désir, le sacrifice ultime), chacun correspondant à une nouvelle étape dans la progression du drame et de la passion. La production repose sur des chanteurs charismatiques, et les exemples ne manquent pas dans les récentes représentations.

Interprétations et problèmes de diction

Nina Minasyan incarne une Juliette parfaitement convaincante par la voix et le geste, bien que l'ensemble de la distribution, Minasyan comprise, souffre d'une diction déplorable, et qu'aucun chanteur francophone ne figure au plateau. Le Roméo de Pavol Breslik pèche par une projection faible, une ligne vocale raide et des aigus forcés, qui pénalisent l'ensemble des duos, en particulier la « Nuit d'hyménée », dépourvue de sensualité, de passion et de rythme.

Distribution secondaire et chœur

Le reste de la distribution est assez homogène : on remarque le Mercutio bien chantant de Maxim Lisiin dans la Ballade de la reine Mab, la Colombe blanche vive et androgyne d'Anna-Doris Capitelli, le Capulet charismatique de Zoltan Nagy, le Duc autoritaire de Valery Guilmanov, le frère Laurent guttural et trop monotone de Riccardo Fassi, le Tybalt vindicatif de Mario Bahg, la Gertrude douce et dévouée d'Elena Maximova, ainsi que le Benvolio de Pablo Puertolas, le Grégorio d'Andrés Merino et le Paris de Julien Van Mellaerts, sans oublier le très beau chœur du Maestranza.

Chef d'orchestre et prestation orchestrale

Dans la fosse, après une ouverture empreinte de drame, le jeune chef d'orchestre ukrainien Sasha Yankevych conduit le Royal Symphony Orchestra de Séville avec toutes les nuances qu'exige la progression de la dramaturgie, dans un équilibre parfait avec la scène, achevant la caractérisation d'une production que l'on qualifiera d'honnête.