Bières locales à Fêno 2026

À Fêno 2026, les bières locales font partie des nouveautés, avec un bar à bières réunissant 17 brasseries artisanales normandes. Le salon met en lumière la présence persistante du brassage local, malgré un recul plus général du secteur.

Un secteur en perte de vitesse

Le secteur ne connaît plus le même enthousiasme qu'il y a quelques années. Il n'y a pas si longtemps, les bières locales se multipliaient partout en France : une ouverture par jour en 2019 ! La tendance s'est inversée ces dernières années.

Fermetures de brasseries en Normandie

En mai dernier, le Syndicat national des brasseurs indépendants annonçait que 500 d'entre elles avaient fermé en deux ans. Jean-Luc Hanin, historien de la bière normande, observe également ce phénomène dans la région. « Entre 2019 et 2022, il y a eu 79 ouvertures de brasseries en Normandie ; cet automne 2026, j'ai déjà compté trois fermetures. »

La fréquentation des salons, un indicateur

Il cite comme indicateur le Salon de la bière artisanale normande qu'il organise depuis dix ans à Gruchet-le-Valasse, en Seine-Maritime. « Jusqu'en 2024, nous devions refuser du monde. En 2025, nous n'avons reçu que 50 demandes. Et cette année, il y avait 48 brasseries. » Selon lui, la Normandie compte encore 120 brasseries, après un pic à 130.

Les difficultés économiques des brasseries

Le recul s'explique en partie par l'inflation. « La bière artisanale est un produit de luxe, affirme Jean-Luc Hanin. Parce qu'elle est plus chère que la bière industrielle. Quand le pouvoir d'achat baisse, elle sort du panier du consommateur. »

Guerre et hausse des coûts

Si les coûts de l'énergie et des matières premières ont augmenté, les brasseries artisanales ont aussi été touchées directement par la guerre en Ukraine, où se trouvait l'un des principaux fournisseurs de bouteilles de bière. Cette source s'étant tarie, les prix des autres fabricants ont fortement augmenté.

Les défis des petites brasseries

« Les travailleurs à double activité ont choisi la sécurité », confirme Marie Polidor, responsable de la seule malterie artisanale de la région, Normandie Malt, à Bayeux. « Juste après la pandémie, beaucoup voulaient vivre autrement. Par prudence, une grande partie d'entre eux ont gardé un emploi salarié à temps partiel. L'autre moitié du temps, ils se sont mis à brasser de la bière. »

Une évolution des motivations

« Beaucoup de brasseurs ont été rattrapés par la réalité économique », estime Erika Vassout, qui dirige la brasserie La Lie avec son mari François depuis 2008, à Saint-Rémy, entre Thury-Harcourt et Clécy. Elle reconnaît volontiers que la vague de création de bières locales était portée par le produit lui-même, « sympa, festif, sexy : cela faisait rêver de devenir brasseur ».

Investir pour grandir

Ce carrefour, c'est précisément ce qu'a vécu Marc Burgerjon, exploitant agricole dans l'Orne, non loin de Sées-aux-Authieux. Il a repris la ferme familiale, un troupeau de 80 chèvres aujourd'hui porté à 130, et emploie quatre équivalents temps plein pour produire du fromage sur place. Sa femme avait alors lancé sa micro-brasserie pendant la pandémie, en quittant son emploi à temps partiel.

S'adapter aux pressions économiques

Mais la vente de bière ne couvrait pas les coûts de main-d'œuvre. « Il s'est alors posé la question d'arrêter ou d'aller plus loin : entre acheter une palette ou un camion de bouteilles, les économies d'échelle sont réelles. Nous avons choisi d'investir en 2024 dans un nouveau matériel et un nouveau bâtiment, qui ont coûté 600 000 euros, dont 200 000 euros de subventions régionales et européennes. »

Diversifier les modèles économiques

Pour Marc Burgerjon, cette vague de fermetures de brasseries locales ne signifie pas que le marché est saturé. « Il y a une forme de maturité dans le métier et il reste de la place, même s'il est difficile de rivaliser avec France Boissons » (le leader français de la distribution de boissons). Pour consolider leur chiffre d'affaires, de plus en plus de brasseries deviennent des lieux de consommation, en supprimant les intermédiaires.

Créer des espaces de convivialité

Ce projet est en cours à la brasserie La Lie. À la Brasserie des Chèvres et Malterie de la ferme, « nous avons créé un bar à la ferme, ouvert en fin de semaine, avec un événement mensuel comme un concert. C'est une activité qui marche plutôt bien ». Elle apporte ainsi de la vie sociale dans les zones rurales.