Un audit met en lumière les failles du dispositif de prise en charge

La chambre régionale des comptes de La Réunion a relevé des fragilités dans la gestion de l'aide aux personnes âgées, premier poste de dépenses du département. Son rapport daté du 2 novembre 2026 met en évidence un décalage entre l'ampleur des aides financières, le manque de capacités d'hébergement et les insuffisances du contrôle administratif.

Un budget important pour la prise en charge des aînés

Le département a consacré 220 millions d'euros à l'autonomie en 2024, son premier poste budgétaire. Environ 80 % de ces dépenses concernent l'aide individuelle, principalement destinée à permettre aux personnes âgées de rester à leur domicile. Ce choix répond à une forte demande d'aide à domicile, mais la juridiction financière estime qu'il devrait s'inscrire dans une stratégie plus cohérente de gestion de la dépendance.

Des capacités d'accueil limitées

Le département ne compte que 20 établissements pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), soit 1 588 places ouvertes, selon le rapport de la CRC. À titre de comparaison, les données de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), citées dans une dépêche de l'AFP datée du 2 novembre 2026, indiquent qu'en 2023, l'île comptait 31,3 places en Ehpad pour 1 000 habitants âgés de 75 ans ou plus, contre 90,5 en France métropolitaine.

Les risques d'une prise en charge non encadrée

Cette insuffisance de l'hébergement médicalisé laisse une place importante à l'aide à domicile et à d'autres formes de prise en charge. Elle rend également plus difficile l'accompagnement des personnes dont la perte d'autonomie nécessite des soins renforcés. La CRC évoque les risques liés aux structures d'accueil non agréées, parfois désignées localement sous le nom de « pensions noires ».

Un règlement ancien et un traitement inégal

Au-delà des capacités d'hébergement, les magistrats financiers critiquent un règlement départemental d'aide sociale datant de 2001, des différences de traitement selon les territoires et des contrôles jugés insuffisants. Ils demandent notamment de clarifier les règles applicables à l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) et de mieux encadrer l'évaluation des besoins.

Des écarts dans les plafonds d'aide

Le rapport interroge également une note interne de janvier 2025 concernant les montants des plans d'aide. Selon les éléments rapportés par l'AFP, la CRC considère que les plafonds indicatifs fixés dans ce document sont en moyenne inférieurs de 38,5 % aux plafonds nationaux. Le président du conseil départemental, Cyrille Melchior, conteste l'existence d'une limitation locale des droits : il présente cette note comme un outil technique non opposable et souligne qu'une majorité des plans d'aide avaient dépassé ces montants indicatifs à la fin de 2025.

Recommandations et améliorations

La CRC formule huit recommandations, notamment la mise à jour du cadre réglementaire, l'harmonisation des aides, le renforcement des contrôles et la diversification de l'offre d'hébergement. Le département, de son côté, met en avant une réduction du délai de traitement de l'APA, passé de 94 jours en 2024 à 38 jours à la fin de 2025, selon les chiffres qu'il a transmis en réponse à l'audit.

Des pressions démographiques à venir

La pression démographique devrait s'accentuer. Selon ses projections de population publiées en 2017, l'Insee prévoyait, dans son scénario de référence, 289 000 Réunionnais âgés de 60 ans ou plus en 2050. Il s'agit d'une projection ancienne et non d'un décompte actuel. Pour la chambre régionale des comptes, le défi immédiat est de rendre les règles d'accès aux aides plus lisibles et de mieux articuler le maintien à domicile avec les capacités d'hébergement adaptées aux situations de dépendance lourde.