Le 5 octobre, la Maison des artistes de Cagnes-sur-Mer (MDAC), une structure culturelle des Alpes-Maritimes, fermera son espace physique situé dans un petit bâtiment municipal à côté du château Grimaldi. Le maire actuel de la ville, Bryan Masson, membre du Rassemblement national (RN), a résilié le bail du bâtiment par une lettre datée du 20 juillet. Il justifie cette décision dans le cadre d’une « réorientation culturelle » plus large pour Cagnes-sur-Mer. Ce choix est perçu comme un coup dur pour la MDAC, qui fonctionne depuis dix-sept ans et se décrit comme « expérimentale, inclusive et collective », jouant le rôle d’un « laboratoire vivant et joyeux ». Dans un post Instagram, la MDAC a exprimé sa tristesse face à ce changement, déclarant que « une page se tourne », tout en précisant qu’elle poursuivra ses activités sous une forme plus mobile, ou « nomade ». Depuis 2009, la MDAC est dirigée par l’artiste Anne Séchet, qui enseigne également à l’école d’art Villa Arson à Nice. Sous sa direction, la structure a accueilli de nombreux événements, dont des expositions, des résidences d’artistes et des performances comme la « Parade des Artistes » et les « Veillées poétiques ». Elle abritait également un espace de lecture et de recherche, la Bibliocabane, dédié aux publications indépendantes et alternatives. Le bâtiment en lui-même a une histoire riche : l’Association des artistes de Cagnes, fondée en 1949 et initialement dirigée par Claude Renoir (fils du peintre Auguste Renoir), avait obtenu le bail dès 1954. La ville de Cagnes-sur-Mer justifie la fermeture par la nécessité de rénover le musée du château Grimaldi, dont les travaux doivent débuter en 2028. Le bâtiment sera adapté pour inclure une nouvelle entrée pour les visiteurs, un ascenseur, des aménagements pour les personnes à mobilité réduite, ainsi qu’une boutique et un espace de stockage climatisé pour les œuvres. La municipalité évoque également une hausse de 50 % de son budget culture et annonce qu’elle présentera une nouvelle politique culturelle en décembre. Caroline d’Amat, adjointe à la culture de la ville et ancienne spécialiste de l’art moderne et impressionniste, a critiqué la MDAC pour son caractère « trop conceptuel et ésotérique », estimant que sa dernière exposition, « Cru, cuit, miam », avait laissé les visiteurs « perplexes et perdus ». La MDAC juge ces critiques déroutantes et les regrette. En réponse, l’artiste Magali Benson a écrit dans le magazine Télérama que « l’on ne reprocherait pas aux scientifiques d’être trop ésotériques », soulignant que la MDAC s’engageait dans une « recherche artistique, à notre échelle ». Le syndicat CGT Spectacle 06 a dénoncé la fermeture comme une « confiscation de la culture par l’extrême droite » et une « répression culturelle » visant à supprimer un « lieu libre et indépendant ». Ce n’est pas la première fois qu’une municipalité dirigée par le RN est accusée d’interférer dans la programmation artistique. À Castres, la pièce « Passeport » d’Alexis Michalik a été retirée de la programmation 2027 par le nouveau maire RN, Florian Azéma. À Vierzon, la pièce « Amazonia », qui abordait les conditions de travail dans un centre logistique, a également été déprogrammée, la ville la jugeant « trop politique et clivante ». La compagnie de théâtre Grand-Angle a parlé d’une « tentative de censure ». À l’approche de l’élection présidentielle, l’avenir de la liberté culturelle et de la diversité créative pourrait bien se jouer dans les urnes.