Comparer sa consommation d'énergie à celle de ses voisins réduit autant qu'une hausse des prix. Les incitations vertes gagnent du terrain mais pourraient peser injustement sur les ménages modestes.
Des factures d'électricité comparatives réduisent la consommation
Une étude portant sur près de 600 000 foyers a révélé que ceux qui recevaient des factures d'électricité indiquant leur consommation par rapport à celle de leurs voisins utilisaient moins d'énergie que ceux qui recevaient des factures standard. Cette approche, appelée « incitation verte » (« green nudge »), peut réduire la consommation d'énergie autant qu'une hausse des prix de l'électricité de 11 à 20 %, sans augmenter les coûts ni imposer de restrictions.Qu'est-ce qu'une incitation douce ?
Une incitation douce est une technique qui modifie le contexte d'une décision afin de rendre une option plus attrayante, plus facile ou plus visible, sans supprimer les autres choix. Parmi les exemples courants, on trouve la mise de fruits à hauteur des yeux dans les cafétérias ou l'inscription automatique des salariés à des plans d'épargne retraite.Adoption mondiale des incitations douces
L'idée des incitations douces s'est répandue dans le monde entier. La première unité gouvernementale consacrée au changement de comportement a été créée au Royaume-Uni en 2010. Plus de 200 unités similaires fonctionnent aujourd'hui dans plus de 50 pays. Singapour a été l'un des premiers pays à adopter cette approche, en appliquant les incitations douces aux questions environnementales grâce à son Environmental Behavioural Sciences and Economics Research Unit (EBERU), créée en 2011.Exemples d'incitations vertes
Les incitations vertes ont été utilisées de diverses manières. En Allemagne, par exemple, le fait de définir des contrats d'énergie renouvelable comme option par défaut a multiplié leur utilisation par dix. Dans les restaurants, les menus végétariens proposés par défaut ont fait augmenter de 40 % la sélection de repas à base de plantes. Dans les hôtels, le fait de demander aux clients de s'engager brièvement à réutiliser leurs serviettes a entraîné une hausse de 40 % de la participation. Ces méthodes sont privilégiées car elles sont peu coûteuses et ne restreignent pas les choix.Incitations douces et inégalités de revenus
Les recherches montrent que les incitations vertes ne touchent pas forcément tout le monde de la même manière. Les personnes à faible revenu ont tendance à réagir plus fortement aux incitations, mais les changements de comportement peuvent peser davantage sur leur budget. Par exemple, les produits écologiques ou les contrats d'électricité verte représentent une part plus importante du budget d'un foyer modeste. Les personnes plus aisées pourraient être moins influencées par les incitations, peut-être parce qu'elles sont moins sensibles au statu quo ou plus familiarisées avec les décisions financières.Incitations douces et choix par défaut
Une étude menée en Suisse a montré que les foyers modestes étaient plus susceptibles de conserver, par défaut, un contrat d'électricité verte plus coûteux, même si celui-ci ne correspondait pas à leurs préférences. Aux États-Unis, des expériences en ligne ont montré que les personnes disposant de moins de ressources étaient plus enclines à s'en tenir aux options par défaut, l'effet étant deux à cinq fois plus marqué chez les personnes issues d'un milieu socio-économique modeste.Limites et points de vigilance
Si les incitations vertes peuvent être efficaces, notamment lorsque le comportement profite à la personne elle-même, comme le fait de faire du vélo, elles doivent être conçues avec soin pour tenir compte de la manière dont les coûts et les avantages sont répartis entre les différents niveaux de revenus. Elles ne remplacent pas la réglementation, l'investissement public ou la fiscalité, mais leur équité et leurs effets sur les différents groupes doivent être évalués.