La grotte de Shanidar révèle la violence chez les Néandertaliens

La grotte de Shanidar, dans le Kurdistan irakien, continue de fournir des informations importantes sur les Néandertaliens. Des archéologues britanniques de l'université de Cambridge, qui ont repris les recherches en 2015, ont identifié trois nouveaux restes néandertaliens, dont celui de Shanidar A, qui a vécu il y a 75 000 ans.

Une blessure suggère un usage précoce d'armes en bois

Ce Néandertalien, âgé d'environ 45 ans, a subi un violent coup à la tête ainsi qu'une profonde blessure à l'omoplate, ce qui constitue un indice précoce de l'utilisation d'une lance en bois comme arme et du recours à la violence à l'ère paléolithique. La blessure à l'omoplate est considérée comme mortelle.

De nouvelles découvertes remettent en question les hypothèses antérieures

Si Shanidar est connue pour sa « sépulture aux fleurs », des recherches récentes menées sur place ont permis de réévaluer ce site. Il se distingue également par un empilement de sépultures dans un « amas » situé derrière un grand rocher vertical.

Shanidar A fut le premier inhumé dans l'amas

Shanidar A a été découvert à cet endroit en 2020 et a probablement été le premier à y être déposé, puisqu'il était le plus profondément enfoui dans les sédiments. Les restes comprennent une main droite presque complète, deux côtes, un fragment de côte, l'omoplate gauche et sept dents.

L'analyse révèle les détails de la blessure à l'omoplate

L'omoplate présente une perforation de 15 millimètres de diamètre, dans laquelle s'insèrent de minuscules fragments osseux révélés par une reconstruction 3D du bloc de sédiment. Le biseau autour de la cavité est caractéristique d'une blessure de sortie.

Une arme a probablement causé la blessure

L'analyse au microscope et au microtomographe à rayons X indique que l'os n'était pas en cours de cicatrisation, ce qui suggère que la perforation s'est produite autour du moment de la mort ou après celle-ci. La cause la plus plausible est un projectile ou un outil de poussée, comme une lance, qui a pénétré le corps par le haut selon une trajectoire descendante.

Les lances en bois existaient plus tôt qu'on ne le pensait

L'arme n'a pas été retrouvée à proximité, mais les lances en bois les mieux conservées, issues de Schöningen en Allemagne, datent de 300 000 ou 200 000 ans. La plus ancienne pointe de lance en bois connue, provenant de Clacton-on-Sea au Royaume-Uni, indique que les hominines savaient façonner le bois pour en faire une arme redoutable.

La cause du décès reste incertaine

Emma Pomeroy, première autrice de l'étude, suggère que Shanidar A a pu succomber à un accident de chasse, même si elle penche davantage pour un acte délibéré. Shanidar A porte également les traces d'une autre forme de violence, car il a reçu un coup puissant à la tête, qui a fracturé une incisive inférieure et fait pivoter vers l'intérieur les dents voisines.

Des traces de soins après la blessure

L'incisive fracturée était recouverte de tartre, ce qui indique qu'il a survécu un certain temps après la blessure, mais au prix de grandes souffrances. Quelqu'un a dû s'occuper de lui, car sa bouche blessée ne lui permettait pas de s'alimenter seul.

Violence et soins ont coexisté chez les Néandertaliens

L'explication la plus plausible est un traumatisme contondant résultant d'un coup porté au visage ou à la bouche, ou une violence interpersonnelle. Shanidar A rejoint un petit groupe de squelettes témoignant d'actes de violence entre hominines au Paléolithique.

D'autres restes néandertaliens présentent des blessures similaires

Dans la même grotte, un Néandertalien plus jeune, Shanidar 3, daté de 50 000 ans, porte également la trace d'une blessure à la poitrine. D'autres exemples incluent des hominines plus anciens du site espagnol de la Sima de los Huesos, des Néandertaliens du site de Saint-Césaire en Charente-Maritime, ainsi que des humains modernes de Qafzeh en Israël.

Les pratiques funéraires suggèrent de l'empathie

Les indices d'un comportement funéraire à Shanidar révèlent une dualité, car ces Néandertaliens font preuve à la fois de violence et d'empathie. Cela se manifeste par la « sépulture aux fleurs », où le défunt était recouvert de brindilles, ainsi que par un individu souffrant de diverses pathologies invalidantes.

L'empilement des sépultures indique un rituel intentionnel

L'empilement des sépultures dans l'amas derrière un rocher est considéré comme un élément marquant de la grotte, témoignant d'une pratique funéraire chez les Néandertaliens de Shanidar. Les chercheurs suggèrent que ces inhumations se sont succédé sur quelques années, voire quelques décennies, ce qui indique un comportement funéraire intentionnel et potentiellement symbolique.